ÉSPACES LIMINAIRES ET CINÉMA
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Par Kevin Kozh n’air
2 mars 2025
Les amis, je vous gâte cette semaine avec non pas un mais bien deux articles ! Profitez en car ça ne pourrait pas se reproduire avant un petit moment. C’est une idée qui restait dans le coin de ma tête depuis longtemps et que je tiens absolument à creuser ici avant la sortie de Backrooms, le long-métrage de Kane Pixel, prévue en France le 17 Juin.
Aujourd’hui on va parler des espaces liminaires, et particulièrement de l’esthétisme liminaire dans le cinéma. Comme j’ai déjà pu l’aborder dans d’autres articles, et notamment celui des monstres dans le cinéma de genre, le cinéma de la peur a de très nombreux lieux communs. On prend confortablement nos petites habitudes dans ces univers horrifiques, avec toujours les mêmes créatures mises en scène, les mêmes situations et personnages clichés. Je pense aussi littéralement aux lieux où se déroulent les intrigues, comme la maison hantée, les hôpitaux psychiatriques, les forêts sombres, un vieux cimetière gothique etc. Ces lieux deviennent si récurrents qu’ils ne fonctionnent quasiment plus sur moi. Dernier exemple en date avec Hokum, de Damien MacCarthy, dont j’avais de grandes attentes car son Oddity m’avait fortement impressionné. J’écrirais un article très prochainement dessus pour revenir sur ses nombreux défauts, mais l’un d’entre eux est tout simplement le lieu : un hôtel creepy en Irlande.
Toute l’atmosphère de ce genre de lieux terriblement cliché me semble si éloigné de mon quotidien que j’ai du mal à m’y identifier. Derrière le stéréotype, je ne peux pas m’empêcher de voir le studio, les décors en plastique, la toile d’araignée de la Foir’fouille (petit aparté, ça doit être un job incroyable d’être accessoiriste ou décorateur de plateau, aller chiner des vieux meubles, faire des maquettes et construire des éléments sur mesure pour la DA d’un film !). Ainsi, quand de temps en temps les réalisateurs/trices parviennent à renouveler l’imaginaire horrifique, je suis particulièrement attentif, car c’est souvent là qu’apparaît la surprise, et donc le manque de repère indissociable de la peur. J’évoquais dans mon analyse de Obsession que justement, de nouveaux lieux sont en train d’apparaître de façon récurrente ces dernières années et que cela fait un bien fou. Je pense notamment aux quartiers en zone péri-urbaine, à mi -chemin entre la ville et la campagne. L’isolement total s’éclipse peu à peu pour laisser place à des intrigues se déroulant dans la petite vie de quartier ou les petites villes.
Depuis le covid, de nouveaux lieux ont fait leur apparition et ont beaucoup fait parler d’eux sur les internet : les espaces liminaires. L’identification de ces espaces est apparue en même temps que les backrooms. Pour tenter une définition, il s’agit de lieux étrangement vides, pourtant censés ne pas l’être. Ce sont souvent des lieux de passage comme des aéroports, des couloirs de métro, des aires de jeux, des piscines, où le plus connu et le premier d’entre eux, des open space. Ces lieux, une fois dépouillés de leur contexte provoquent un malaise immédiat chez celui qui l’observe, ou pire encore, les traverse. La symétrie, les couleurs, les architectures, les proportions, tout revêt un aspect absurde et inquiétant, et provoque un vague sentiment de familiarité mais aussi d’effroi.
Vous trouverez sur Internet de nombreuses photographies d’espaces liminaires, et si le sujet vous intrigue, sachez que Alt 236 lui a même consacré un ouvrage. Ce qui m’intéresse ici, cependant, n’est pas tant le phénomène en lui-même que son influence sur le cinéma. Car si le terme “espace liminaire” est relativement récent, les réalisateurs/réalisatrices exploitent depuis longtemps ce type d’images afin d’en faire ressortir des émotions toutes particulières. Je vous propose donc un petit tour d’horizon de quelques plans de films qui semblent directement inspirés par cette esthétique étrange. Comme dirait Rimbaud, “je ne parlerais pas, je ne penserais rien”, afin de laisser le champ libre à vos interprétations !