Aujourd’hui je vous emporte au vent mauvais des films de genre qui mettent en scène le sadisme et des situations de violences. L’idée d’écrire cet article m’est venue en constatant que certaines propositions en termes de souffrances infligées, de tortures psychologiques et autres cruautés me sont parfaitement insupportables, tandis que d’autres… Elles ont, d’un point de vue cinématographique, quelque chose d’intéressant ! (alerte psychopathe)
LE VERTIGE DU SPACE OPERA
À DÉCOUVRIR
LIVRES ABORDÉES DANS CET ARTICLE
- Le carrefour des Étoiles (1963) de Clifford D. Simak
- Les enfants d’Icare (1953) de Arthur C. Clarke
- La saga Le problème à trois corps (2006) de Liu Cixin
- La saga de L’odyssée de l’espace (1968) de Arthur C. Clarke
- Solaris (1961) de Stanislas Lem
- Stalker : pique nique en bord de chemin (1972) des frères Strougatski
- Les montagnes hallucinées (1936) de H.P Lovecraft
- L’Abîme du temps (1936) de H.P Lovecraft
- L’appel de Cthulhu (1928) de de H.P Lovecraft
- Rendez-vous avec Rama (1973) de Arthur C. Clarke
- Hypérion (1991) de Dan Simmons
- Les androïdes rêvent-ils de mouton électriques ? (1968) de Philip K. Dick
- Le Dieu venu de Centaure (1964) de Philip K. Dick
- L’âge des étoiles (1956) de Robert Heinlein
- Projet dernière chance (2021) de Andy Weir
- Spin (2005) de Robert Charles Wilson
- La Guerre des mondes (1898) de H.G. Wells
- Les chroniques martiennes (1950) de Ray Bradbury
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Par Kevin Kozh n’air
2 mars 2025
« Combien il y a d’étoiles comme le soleil dans le système solaire ? Il y en a, si je ne me trompe pas, entre 2 et 400 milliards. Et un milliard comme chacun sait ici, c’est 1000 million, donc il y a entre 2 et 400 fois mille millions de soleils dans le système solaire. Alors c’est assez facile, pour se représenter ce que ça veut dire vous prenez un cube d’un mètre sur un mètre de sable, vous le remplissez avec le sable le plus fin de la mer, et chaque grain de sable, et l’équivalent d’un soleil dans le système solaire. Alors après si vous demandez combien il y a de galaxies comme la voie lactée dans le système solaire, la vous en trouverez 2000 milliard dit on récemment. Je suis comme ça.. dans une obsession de ce que représente le système solaire.«
~ François bayrou ~
Les amis, comme François, il est temps de lever prudemment nos yeux vers ces immensités obscures et à jamais hors de notre portée, de questionner la façon dont les écrivains de science-fiction tentent d’ouvrir les portes de l’imaginaire, là où nos connaissances scientifiques s’arrêtent. Vous commencez à me connaître un peu, et connaissez ma passion pour les vertiges existentiels et artistiques, pour les différentes formes que peuvent prendre la peur et ce qu’elles révèlent de nous. Or, qu’y a-t-il de plus terrifiant que ce sentiment d’incompréhension et de solitude face aux mystères de l’univers ?
Ce sont des questionnements d’autants plus intéressants qu’à notre époque où l’homme, au sommet de son orgueil, ivre de ses propres prouesses numériques et lové dans son techno-cocon, oublie parfois que nous sommes une espèce née hier, sur une de poussière en orbite autour d’une étoile parmi des milliards d’autres, dans une galaxie elle même poussière parmi des milliards d’autres. Lucio Bukowski disait dans son titre Collision “Je suis un atome, dans un atome, dans un atome”. Un rappel à l’humilité qui me touche particulièrement. La SF nous rappelle la petitesse absurde de notre existence, avec toute la beauté et l’effroi que cela implique.
Cette fascination pour les étoiles n’est pourtant pas venue tout de suite. J’ai grandi avec de grandes sagas comme Star Wars ou Stargate (SG-1 et Atlantis), que j’aimais beaucoup, sans qu’elles dépassent pour autant le stade du bon divertissement, avec des univers fun, des intrigues riches en rebondissement, mais qui n’avaient pas encore ouvert le gouffre passionnel. Il aura fallu attendre L’Exoconférence d’Alexandre Astier pour que quelque chose commence, avec sa façon très personnelle de vulgariser des sujets complexes avec humour. J’y avais découvert des notions passionnantes, comme la compréhension progressive de notre place au sein du système solaire, notamment avec les découvertes de Galilée, et le conflit avec le monde religieux, le paradoxe de Fermi, les OVNI, la plaque de Pioneer, la réalité bien moins romanesque que l’on se l’imagine du voyage spatial, ou encore ces distances inimaginables qui nous séparent de tout. Après un revisionnage plus récent, j’avoue avoir été mis mal à l’aise par la misogynie du personnage du conférencier, il n’en demeure pas moins que ce spectacle à le mérite de rendre n’importe qui curieux.
E.T. Téléphone. Maison.
Il y a tant de sujets passionnants propres à la SF, et particulièrement au space opéra qu’on pourrait passer toute une vie à écrire la dessus. Mais l’une des questions les plus brûlantes qui demeure est celle de la possibilité de la vie ailleurs, et les formes qu’elle pourrait revêtir, si tant est qu’elle puisse être perceptible, et même compréhensible par les sens et l’esprit humain. Avant de tenter cet exercice de littérature comparée et d’évoquer les esquisses des auteurs SF, arrêtons nous un peu sur l’une des figures la plus traditionnelle d’entre elles et que vous connaissez tous : les “greys” ! Ces petits hommes verts/gris aux grands yeux ovales, et à la boîte crânienne démesurée, laissant grossièrement présagé une intelligence supérieure à la nôtre. Les exemples de fiction les mettant en scène coulent à flot, popularisés notamment par Spielberg avec E.T., Rencontres du troisième type, mais aussi à la fin de I.A. Intelligence artificielle ou encore Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. On peut également évoquer les Asgard dans Stargate SG-1, ainsi que X-Files, ou, dans un registre plus humoristique, Mars Attacks! de Tim Burton, Paul de Greg Mottola (réalisateur de Supergrave, entre autres), Les Simpson, et tant d’autres encore. Les magazines pulp des années 50 et 60 ont eux aussi largement abreuvé nos imaginaires de cet autre anthropomorphisé, directement inspiré par les prétendues archives de l’incident de Roswell, où l’on y découvre les photographies “exclusives” de l’autopsie d’un extraterrestre n’ayant pas survécu au crash de son flying disc.
C’est une affaire fascinante, qui mériterait un article à elle seule. Elle a divisé le monde en deux catégories, non pas ceux qui se retrouvent devant ou derrière un flingue, comme le dirait Eli Wallach, mais ceux qui y voient une hallucination collective d’une ampleur rare, teintée de complotisme, et ceux qui considèrent au contraire qu’il s’agit de la preuve la plus tangible de la visite d’une civilisation extraterrestre. Une preuve dissimulée dans l’ombre par le gouvernement américain, gardien d’une vérité trop difficile à accepter pour les américains sans devenir maboule. Elle en dit également long sur notre besoin de ne pas se sentir seuls et effrayés dans le silence éternel de ces espaces infinies, comme le disait Pascal.
Quoi qu’il en soit, le mythe de Roswell est devenu un phénomène de la culture populaire et a été décliné à toutes les sauces. De nombreuses œuvres fictionnelles ont repris ce trope du fermier ou propriétaire de ranch, dans un petit coin d’Amérique, et dont la tranquillité sera perturbée par l’arrivée d’entités venues d’ailleurs. Je pense notamment au très bon Sign de M Night Shyalaman, Men In Black, la série Roswell, Superman, d’une certaine manière, et plus surprenant encore dans Zelda Majora’s Mask. Côté livre, me vient à l’esprit un roman qu’il me tarde de découvrir, le Carrefour des étoiles, écrit par Clifford Simak, dont j’avais déjà fait une analyse de son génialissime Demain les chiens dans cet article. Carrefour des étoiles met un scène un homme, Enoch Wallace, vivant reclus dans une ferme du Wisconsin, et qui se relève être en réalité un séculaire gardien secret d’un relais spatial où le temps s’écoule différemment. Lorsqu’un enquêteur s’intéresse à lui d’un peu trop près, le sort de l’humanité pourrait en être bouleversé.
Le “grey” est devenu une figure majeure de la SF, abordé avec une variété de tonalité, de la plus dramatique à la plus parodique, mais elle pose un problème assez important pour les amateurs de science-fiction : sa similitude avec l’homme. Ne trouvez-vous pas cela étrange, que des êtres ayant évolué dans des environnements radicalement différents de La Terre, peut-être même dans des lieux, des distances et à des âges totalement inconcevables pour nous, puissent malgré tout aboutir à une morphologie presque identique à la nôtre ? Deux bras, deux jambes, deux yeux, une tête, un cerveau, de la chair, des os, le tout dans une disposition et des dimensions identiques aux hommes. Bien sur, il faut tout de même essayer de marquer l’altérité et injecter une touche d’exotisme, alors on va modifier très légèrement la taille (plus grand ou petit, c’est selon), le nombre de doigts, la texture de la peau, la taille des yeux, mais tout de même, une forme de vie à l’autre bout de la galaxie aussi semblable à nous-même, n’est-ce pas un peu décevant ? Tout comme dans l’antiquité, où l’humain imaginait des dieux à leur image, rationalisant ainsi le monde pour mieux le comprendre, le biais anthropomorphique semble avoir contaminé une immense partie des représentations de la vie extraterrestre.
Arrêtons nous un instant sur l’étymologie du terme “aliénation”, dont la racine, “alien” est définie par le Larousse comme “une personne étrangère à un milieu”, ou “un extraterrestre”. Rien d’anormal jusqu’ici, mais dans le nom “aliénation” il y a quelque chose d’intéressant, le Petit Robert le définit comme une “transmission qu’une personne fait d’une propriété ou d’un droit.” C’est un terme que l’on retrouve souvent dans les textes marxistes et de manière plus générale dans la sociologie du travail, mais remarquons qu’il s’agit de transmettre, comme de céder quelque chose qui nous appartenait, sans qu’il soit indiqué que cela soit volontaire ou non (En pratique, ce n’est jamais volontaire, et souvent à peine remarqué). Et c’est là que le rapprochement devient intéressant. Car aliéner, consisterait à céder quelque chose qui nous appartient, à faire sortir de soi une part de soi-même devenue étrangère. Peut-être trouverez-vous cette démonstration un peu scabreuse ou tirée par les cheveux, mais je trouve amusant que la figure de l’alien soit à ce point construite à notre image que son appellation même le rappelle .
C’est en partant de ce constat que m’est venue l’idée d’écrire cet article, en me questionnant sur les réponses plus crédibles, du moins les hypothèses avancées par les auteurs de sciences-fiction, ainsi que les explorations imaginaires qu’ils déploient pour tenter l’impossible contact. Contrairement à mes autres chroniques qui ont pour but de vous donner envie de vous plonger corps et âme dans des oeuvres, ici je vais SPOILER à balles réelles, car il est intéressant de constater que la nature des extra-terrestres dans la littérature SF, loin d’être un élément d’intrigue parmi d’autres, constitue parfois LA révélation la plus importante. Vous trouverez en début d’article une liste complète des livres qui portent une réflexion ayant retenu mon attention, tant par l’originalité de la proposition que par son inquiétante crédibilité, histoire que vous sachiez le genre de révélation que vous allez avoir ici. Vous voila prévenus, maintenant, que le voyage commence !
Il s’agirait de grandir ?
J’évoquais tantôt des mystères basés sur la révélation de l’apparence des extraterrestres, et je ne trouverais pas plus à propos que Les enfants d’Icare, de Arthur C. Clarke. En pleine guerre froide, les États-Unis et l’URSS se livrent une bataille acharnée pour savoir qui enverra en premier une sonde dans l’espace. Mais un jour, alors que les soviétiques semblent sur le point d’y parvenir, cette course devient ridicule et dérisoire, car d’immenses vaisseaux extraterrestres apparaissent au-dessus des grandes capitales du monde. Leurs occupants, appelés les Suzerains, imposent une paix mondiale et mettent fin aux grandes souffrances de l’humanité. Alors qu’ils transforment progressivement la Terre en une forme d’utopie, l’homme ignore totalement ce à quoi les Suzerains ressemblent, et quel est le véritable motif de leur arrivée.
Au-delà des réflexions politiques passionnantes sur les rouages de cette utopie, ce qui retient mon attention est la double révélation de la nature des extraterrestres. Les Suzerains retardent le contact physique et direct avec les hommes, fidèles à un plan établi se déroulant sur un siècle, afin de ne pas les faire sombrer dans la folie. Et lorsqu’ils se révèlent enfin, on comprend pourquoi un tel temps de préparation était nécessaire. Dotés d’un corps cuirassé aux écailles rouges, avec des ailes membraneuses, et de longues cornes sur le crâne, leur apparence correspond fidèlement aux démons tels qu’ils sont représentés dans l’iconographie de la Bible. Ils possèdent aussi une connaissance des mondes et de la création de l’Univers infiniment plus vaste que celles des hommes. La question de l’existence d’un Dieu, que les hommes leur pose, ne trouvera pas de réponse, car elle est précisément au cœur du basculement du récit. L’utopie se fissure petit à petit et des phénomènes étranges font leur apparition, notamment autour des enfants qui se comportent de façon irrationnelle et développent des pouvoirs télékinésistes. Devenus incontrôlables et dangereux, ils sont isolés sur un continent séparé, où ils courent continuellement comme dans le film Weapons de Zach Cregger. Leur esprit fusionnent progressivement en une conscience collective unique. Le reste de l’humanité finit par ne plus pouvoir se reproduire et mourir. Il ne reste plus que ces êtres, une sorte d’humanité augmentée grâce à la préparation des Suzerains, dont les pouvoirs télépathiques deviennent si puissants qu’ils parviennent à déplacer la Lune. Le but de cette préparation est la seconde révélation du roman, ils sont désormais prêts à rejoindre une autre entité extraterrestre dont les Suzerains sont les serviteurs, le maître-esprit, une énergie pure vivant sur le plan supérieure, qui absorbe les êtres vivants arrivés à “maturité” pour fusionner avec elles, un peu comme dans Pluribus. Le titre en anglais, Childhood’s end prend tout son sens, la fin de l’enfance, l’humanité telle qu’on l’a connue n’est plus, elle a évolué et grandi vers autre chose.
J’aime beaucoup cette idée d’un premier contact inédit et inespéré avec une civilisation extraterrestre, qui apporte son lot d’horreur et de questionnements existentiels, pour découvrir derrière une entité encore plus omnisciente et supérieure. C’est également le cas dans le troisième roman de la saga du Problème à trois corps, La mort immortelle. On avait déjà découvert dans La forêt sombre, le deuxième roman de la saga, que les trisolariens étaient loin d’être la plus grande menace envers l’Humanité (on ne verra d’ailleurs jamais à quoi ils ressemblent), mais lorsque Liu Cixin met en scène des êtres cosmiques si grands et si évolué qu’il ne les décris même pas, tant aucun mot ne pourrait donne une idée de ce qu’ils sont réellement, c’est le vertige absolu. Nous n’y verrons qu’un dialogue entre eux, avec des termes lointains et légèrement poétiques, durant lequel ils prendront la décision de réduire la Voie Lactée dans une prison en deux dimensions, comme une vulgaire poussière gênante, la condamnant ainsi à la disparition.
Se cacher dans la forêt sombre ?
Contrairement au roman Les enfants d’Icare où les civilisations suffisamment évoluées peuvent rejoindre le Maître-esprit, ici un avancement trop avancé est un signe de danger. Liu Cixin nous enseigne dans sa saga la théorie de la forêt sombre, qui propose d’une certaine manière une explication au paradoxe de Fermi. Pour rappel il n’y a actuellement aucun signe qui indiquerait que la Terre ait déjà été visitée par une civilisation extraterrestre, et aucune trace de vie n’a été détectée ni observée, ce qui est en contradiction avec les milliards de milliards de planètes existantes. Dans cet article de Radio Canada, on apprend que rien que dans notre galaxie la Voie Lactée, il y a au minimum 200 milliards d’étoiles dont 40 milliards sont très similaires à notre Soleil. Parmi elles, il y aurait 11 milliards de planètes comme la nôtre. L’article précise que nous n’avons pas encore la technologie suffisante pour voir si elles ont une atmosphère, mais on peut tout de même voir qu’elles ont de l’eau. Une seule question se pose alors : Où sont les gens ?!
(https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/640073/planetes-terre-espace)
Pour tenter de répondre à cette question, l’astronome américain Frank Drake propose une équation qui porte son nom afin de connaître le nombre probable de civilisations extraterrestres dans notre galaxie. Son calcul tient compte de plusieurs données comme le nombre d’étoiles qui se forment par an, celles qui sont dotés de planètes, le nombre de planètes propices à accueillir la vie, celles où la vie apparaîtrait, celles où la vie serait intelligente, celles qui seraient désireuses de communiquer, ainsi que la vie moyenne d’une civilisation. Bien qu’il soit arrivé à la conclusion qu’il y ait la probabilité qu’une dizaine de civilisations de la Voie Lactée soit en mesure de communiquer, ce calcul requiert des données dont certaines sont à ce jour invérifiables. Il est cependant intéressant de voir que cette question qui semble propre à la SF puisse être abordée avec une méthode scientifique.
Pour en revenir à Fermi, parmi ces innombrables civilisations qui en théorie devraient exister, d’innombrables encore devraient avoir des milliards d’années d’avance sur nous et être en mesure de voyager dans toute la Voie Lactée, même à une vitesse largement inférieur à celle de la lumière, et en quelques dizaines de millions d’année “seulement”. Alors pourquoi ne se manifestent-elles pas ? Plusieurs hypothèses ont été proposées, comme celle où l’apparition de la vie est si improbable qu’elle ne s’est pas reproduite. Il y a également l’autodestruction des civilisations (Regardez un peu comme notre civilisation humaine semble être au bord du gouffre après seulement 300 000 ans d’existence VS 165 millions d’années pour les dinosaures, pour avoir un ordre d’idée), leur souhait de ne pas communiquer, que nous ne savons pas les écouter, où qu’ils sont déjà parmis nous, ou du moins observé par eux, mais que le gouffre technologique qui nous sépare d’eux est si grand que nous ne pouvons pas les percevoir.
La théorie de la forêt sombre pourrait être une explication à ce paradoxe en posant quelques axiomes :
– Dans l’hypothèse où il y a aurait une nombre incalculable de civilisation
– Que leur survie constitue leur besoin primaire
– Qu’elles sont en expansion constante, mais les ressources à leur disposition dans l’univers sont limités
-Que plusieurs de ces civilisations pourraient avoir une technologie suffisante pour envoyer des projectiles cinétiques capables de mettre fin à d’autres civilisations à des vitesses proches de la vitesse de la lumière, donc inévitable.
Alors, peut-être avons-nous ici la raison de ce grand silence. L’univers serait une forêt sombre où se tapissent dans l’ombre des chasseurs se traquant mutuellement, et dont les fusils seraient impossible à détecter avant qu’ils n’agissent. Au passage, le voyage spatial d’un vaisseau dissident dans La mort immortelle nous emmène dans un découpage dimensionnelle impossible à décrire avec notre perception des actuelles choses, et dans laquelle gît un cimetière de vaisseaux et d’artefacts extraterrestres, à jamais perdu dans des limbes. L’épisode est un pur bijou d’exploration digne de The Expanse, l’équipage reste médusé face à ce funeste et fascinant spectacle. Leur simple présence, dont les symboliques et la fonctionnalité nous échappent, rappelle que l’homme n’est pas seul, qu’il y avait de la vie, et aussi terrifiante, avancée et insaisissable fut elle, une entité lui étant encore supérieure l’a réduite à l’état de cadavre cosmique.
Les Enfants des étoiles
Si nous revenons du côté de Arthur C. Clarke, on retrouve une vision plus optimiste du paradoxe de Fermi, à travers ses Odyssées de l’Espace. Peut-être vous souvenez-vous du film, où Dave Bowman, ayant atteint le monolithe de Jupiter, constate au fur et à mesure qu’il s’en rapproche, que celui-ci ne semble posséder aucun relief, apparaissant au contraire comme une fenêtre ouverte sur un ailleurs. Et, en prononçant cette phrase magique “oh mon Dieu, c’est plein d’étoiles”, il entame un cycle de renaissance qui fera de lui un Enfant des étoiles. Si l’auteur est avare en explication, on retrouve tout de même l’astronaute du premier roman dans ceux qui suivront, mais sous une forme éthéré, pouvant se déplacer n’importe où dans l’espace, et semblant avoir un but précis, bien qu’il reste insaisissable, autant pour lui que pour nous, du moins au début. Dans les autres romans, le dessein de cette civilisation cosmique, dont Bowman se fait le messager, semble se dévoiler. Leur plan, contrairement aux civilisations que l’on a pu voir jusqu’ici, n’est pas d’engloutir les autres formes de vie où de les éradiquer le plus vite, mais au contraire de les aider dans leur évolution, parfois en les protégeant, mais aussi en donnant directement un coup de pouce dans leur patrimoine génétique. On apprend au début du 1er roman que nous ne serions jamais devenus ce que nous sommes aujourd’hui s’ils n’étaient pas intervenus auprès de l’homme-singe Guetteur de Lune, il y a plusieurs millions d’années, en déposant un monolithe cristallin qui lui donna l’idée d’utiliser des armes pour chasser leur prédateur : le tigre.
Et nous ne sommes pas l’unique espèce a bénéficié de la surveillance de ces bienfaiteurs. A la fin du deuxième roman, l’escadron qui était en charge de récupérer le Discovery au bord de Jupiter, sur le point Lagrange, devient le témoin d’un spectacle qui vaut son pesant de cacahuète : des monolithes noirs se multiplient à l’infini et recouvrent bientôt la géante gazeuse. La situation devient critique pour les explorateurs, car ils constatent que la température augmente de façon inouïe, jusqu’à son paroxysme où Jupiter finit par imploser et devenir un nouveau soleil. L’équipage parvient finalement à en échapper grâce à l’intervention de Dave Bowman, si nous pouvons toujours l’appeler ainsi, et celui-ci leur explique ce qui s’est déroulé sous leurs yeux. Les entités supérieures ont fait de Jupiter un nouveau soleil (appelé ensuite Lucifer par les hommes) afin de faire évoluer les formes de vie latentes sur ses anciennes lunes, et notamment Europe.
Dans 2010 : premier contact, le deuxième roman de la saga, écrit en 1984, le choix de Europe comme satellite abritant la vie n’est pas du tout anodin. En 1977, la NASA réussit ce qui est probablement l’une des plus grandes réussites spatiales jusqu’à nos jours, le lancement des sondes Voyager 1 et 2. Leur voyage dans notre système solaire est absolument inouï. Elles ont permis de confirmer l’hypothèse que Europe possède un océan, plus grand que tous les océans de la Terre, prisonnier d’un manteau de glace d’environ 40km d’épaisseur. Je fais un petit aparté, mais parmi les autres données spectaculaires récupérées, on aurait entre autre, le fonctionnement complexe de la tâche rouge de Jupiter, la découverte du volcanisme sur Io et la composition de l’atmosphère de Titan, deux autres lunes de Jupiter (Elle en a 97!), ainsi que la structure des anneaux de Saturne, excusez-moi du peu ! Et c’est un voyage sans retour pour ces deux sondes, puisque aujourd’hui elles se trouvent à plus de 25 milliards de kilomètres de la Terre, ce qui en fait d’eux les objets humains les plus éloignés de toute notre histoire.
All eyes on Europe
Mais revenons à Europe. Avec son océan souterrain, chauffé et demeurant liquide par les radiations de Io et Ganymède, le mouvement tectonique des glaces, son atmosphère composée d’oxygène, cette lune est perçue par la communauté scientifique comme la principale candidate de notre système solaire pouvant abriter une vie extraterrestre. L’autre étant Mars, notamment lorsqu’elle possédait de l’eau et un champ magnétique, lors de sa première ère géologique, il y a plus de 4,5 milliards d’années.
Avant que Jupiter ne devienne un soleil, Dave Bowman, pouvant désormais s’affranchir des contraintes de la physique, fit une petite promenade de santé dans le coin. Son escale vers la grande tache rouge lui permettra de découvrir quelque chose pouvant ressembler à de la vie, des nuages étranges et chargés d’énergie, semblables à des moutons volant. Le narrateur nous apprend que cela pourrait être vivant, puisque les nuages semblent adopter une attitude de prédation en se dévorant, où plutôt s’absorbant entre eux. L’enfant des étoiles continue son chemin et devient pour Arthur C. Clarke un vaisseau d’exploration imaginaire vers les mystères de Europe. Un peu plus tôt dans le roman, un vaisseau spatial chinois, lui aussi à la conquête du Discovery, s’y était alunit afin de faire des recharges d’eau. On y assistait à l’impressionnante attaque d’une créature aquatique ressemblant à une plante dont la taille est supérieure à n’importe quelle végétale terrestre. Bien que sa taille et sa vitesse n’aient laissé aucune chance à l’équipage, un homme parvient à survivre un temps grâce au faisceau lumineux d’une lampe torche. La créature photosensible l’encercle complètement, ce qui lui donne l’occasion d’observer ses millions de vésicules se congelant et se brisant sous le courroux des -200° à la surface de la lune. Cela nous laisse présager qu’elle n’est pas habituée à sortir de la croûte de glace, et à affronter de telles températures.
Cette apparition m’avait un fait un petit choc, car il s’agissait de la première vie organique extraterrestre que l’on rencontre dans la saga. Elle tranche définitivement la question d’une potentielle vie ailleurs, et laisse donc présager des choses bien plus terrifiantes enfouies dans les profondeurs marines. C’est d’ailleurs la prochaine destination de Dave Bowman, traversant la couche de glace comme si c’était aussi peu consistant qu’un député Ensemble. Son voyage nous emmène dans un écosystème de créatures que l’on pourrait retrouver dans nos océans, et notamment dans les abysses de la fosse Marianne, la plus profonde de la Terre. L’auteur imagine des créatures marines pouvant rappeler aussi notre être préhistorique, des crabes et des crustacés, des planktons, des vers, des créatures amphibies lovecraftiennes qui auraient eu le temps d’évoluer, de faire naître des petits empires, avant de disparaître, ne laissant que des vestiges et des ossements de leur éphémère passage.
Si vous avez du mal à croire à un tel niveau de vie sur une autre planète, à la possibilité d’une vie plus évoluée que le stade microbiotique, je vous partage cette page web (https://neal.fun/deep-sea/), que je suis très heureux d’avoir retrouvé pour vous. Elle vous invite à descendre dans les profondeurs marines terrestres et voir quels animaux marins vous trouverez pour chaque niveau de descente. Vous verrez également les caractéristiques qu’ils déploient pour survivre dans des milieux aussi peu propices à la vie, où la lumière ne passe même plus. Vous y trouverez par exemple des poissons pouvant ne plus manger pendant 5 ans, d’autres possédant des propriétés bioluminescentes (générant leur propre lumière). Certains peuvent vivre plusieurs siècles et atteindre des dimensions que seul l’immensité des profondeurs permet. Vous y trouverez des espèces marines existant depuis l’ère des dinosaures, d’autres pouvant vivre parmi les vents volcaniques des profondeurs composés de soufre de métal et de gaz mortels, pourtant irrespirables. Nous ne sommes qu’à 1600 mètres de profondeurs, je vous laisse consulter le site pour voir ce que vous trouverez à plus de 10 000 mètres ! Le terme précis pour désigner cette forme de vie à la Bear Grylls est “extrémophile”, il désigne des organismes capables de survivre dans des conditions qui seraient mortelle pour la plupart des autres organismes. Avec un nouveau soleil pour faire fondre un peu toute cette glace et ces conditions de survie spartiate, comment les extremophiles de Europe vont-ils évoluer ?
Les mystères de Solaris
Le 3éme et 4éme roman ont leur lot de surprises, du point de vue de la vie sur Europe mais aussi de sa géologie ! Et j’aime beaucoup cette idée que l’émerveillement ne provienne pas que du vivant mais aussi des planètes, lunes, ou étoiles en elles-mêmes, de la façon dont elles sont constituées.
Un roman m’a beaucoup marqué en ce sens, car il a l’audace de mélanger les deux, il s’agit de Solaris de Stanislas Lem. Le pitch ? Dans un futur où le voyage dans l’espace est rendu possible, un institut scientifique met le doigt sur une anomalie spatiale : une planète gravitant autour de deux étoiles. Selon toutes les lois de la physique, les forces gravitationnelles des deux étoiles auraient dû la broyer depuis longtemps, et pourtant, il n’en est rien. Lorsqu’une équipe se rend sur place, elle découvre que la planète est entièrement recouverte d’un océan, sans la moindre parcelle de terre émergée. Le roman s’ouvre sur l’arrivée de Kelvin, un docteur en psychologie, sur Solaris, plus précisément dans la station de recherche mise en place depuis plus d’un siècle pour tenter de comprendre le fonctionnement de cette planète. Et il s’en passe des choses, des vertes et des pas mûres ! Au-delà du fait que l’océan semble être la raison même pour laquelle la planète résiste à l’attraction de ses deux soleils, celui-ci engendre d’immenses structures éphémères, composées d’une matière inconnue, aux dimensions cyclopéennes et aux formes tout simplement inconcevables pour l’esprit humain. Les recherches ont fini par conclure qu’il s’agissait d’un océan protoplasmique. Il ne serait donc pas exagéré de dire qu’il est vivant, et peut-être même intelligent. Mais alors, comment communiquer avec lui ?
Les scientifiques pensent d’abord que ces formes seraient une grammaire à apprivoiser, une tentative de communication de l’océan dont il faudrait déchiffrer les hiéroglyphes. Ils tentent d’en élaborer une nomenclature, avec des appellations spécifiques selon les types de formes. En fouillant dans des travaux archivés, Kelvin tombe sur des termes comme symétriades, mimoïdes, représentant ces impossibles architectures, ainsi que les comptes rendus d’expéditions. Le mystère s’épaissit davantage lorsque les membres de la station se retrouvent face à des êtres qui occupaient autrefois une place essentielle dans leur vie et aujourd’hui décédés, et que l’océan matérialise de nouveau devant eux. En arrivant dans la station, Kelvin constate que les deux seuls membres du comité encore présents sont devenus des êtres solitaires, enfermés dans leurs chambres, dont les projets scientifiques ont été totalement évaporés par l’apparition de leur être aimé. Kelvin ne tarde pas à retrouver dans sa chambre sa femme décédée. D’abord incrédule et méfiant, testant les limites physiques de cet être, il est peu à peu gagné par la nostalgie. Le nœud tragique se resserre, doit-il céder à sa peine et plonger corps et âme dans cet amour retrouvé ? Mais celle-ci ne peut pas quitter Solaris sous peine de disparaître à nouveau. Kelvin se demande également dans quelle mesure elle se souvient des événements qui ont précédé sa mort. Cette apparition, qui semble avoir été entièrement reconstituée à partir des souvenirs de Kelvin est-elle encore sa femme ? C’est d’ailleurs étonnamment l’unique angle qui intéresse Andreï Tarkovski pour son adaptation du livre au cinéma en 1972. Il ne laisse pas de place aux explorations de l’océan et ses formes émergentes. Celle de Steven Soderbergh en 2002 non plus, mais je pense qu’il s’agit plus d’un remake du premier film qu’une seconde adaptation du roman.
Quoi qu’il en soit, le roman met en scène un aspect de notre rapport à la vie extraterrestre que l’on retrouve rarement dans la fiction, c’est-à-dire l’incompréhension, les efforts acharnés d’études, de tentatives de communication, qui ne mènent nulle part. À l’inverse de Contact, de Carl Sagan, de Premier Contact de Villeneuve et même du Problème à trois corps, ici toutes les tentatives pour comprendre cette vie protomoléculaire et ses émanations n’aboutissent pas. Et il y a une forme de beauté qui émerge de l’insaisissable, comme un territoire qui restera à jamais inviolé, où on pourrait s’y rendre qu’en conjectures et rêveries.
Exploration de la “Zone”
Un autre roman nous propose la même incrédulité face à l’incompréhensible présence extraterrestre, sans toutefois proposer de réel explication. Il s’agit de Stalker : pique nique en bord de chemin, des frères Strougatski. À l’instar de Solaris, le roman Stalker est très différent du film que Tarkovski en a fait. Ici, des visiteurs venus d’ailleurs se sont posés dans une zone en Russie, et sont repartis avant que les hommes aient pu tenter une approche, les laissant dans l’hébétude et la sidération léthargique. La zone où ils se trouvaient, où gisent des milliers d’objets et artefacts dont on ignore le but, a été barricadée par l’armée car certains objets défient les lois de la physique, sont dangereux, voire létaux. Le roman raconte l’histoire des stalkers, des hommes (dans mon souvenir, il n’y a aucune femme…) prêts à courir tous les risques pour entrer illégalement dans cette zone, dérobant ces objets pour alimenter un marché noir. Il y a un jemenfoutisme de la vie très russe, et aussi une aura tragique car on peut voir comment la misère sociale et la nécessité de survie ont totalement éclipsé ce qui aurait dû être l’événement phare du récit : la manifestation d’une vie extraterrestre, enfin !
J’aime beaucoup ces explorations de lieux autrefois habités, puis désertés par une forme de vie extraterrestre. Il s’en dégage une sensation de frayeur particulière, car dans ces murs subsiste la trace de quelque chose d’inconcevable. Une fois l’endroit abandonné, il ne reste plus que notre imagination pour tenter de comprendre la signification esthétique, culturelle ou utilitaire de la “Zone”, pour reprendre le terme des frères Strougatski. Mais au-delà de la disparition totale de nos repères anthropocentriques, une question encore plus vertigineuse se pose : que s’est-il passé ici ? Pourquoi les habitants de la Zone sont-ils partis ? Le danger qui les a poussés à fuir a-il disparu, ou demeure-t-il encore tapi dans d’imperceptibles recoins ?
J’ai, à mon grand malheur, rencontré encore trop peu de ruines cosmiques dans mes voyages littéraires, si ce n’est chez Lovecraft, notamment dans l’Abîme du temps, les Montagnes hallucinées ou encore l’Appel de Cthulhu. J’y ai beaucoup apprécié le sentiment d’écrasement du narrateur, face à ces immensités cyclopéenne et où la notion du temps tel que nous la connaissons s’effrite comme du sable. Côté cinéma et série, j’ai adoré l’exploration de Acheron dans le 1er Alien, ces architectures au design organique et métallique, tout droit sortis de l’esprit dément de Giger (comme Lovecraft évoquerait le poète fictif Abdul al-Hazred, l’auteur du Nécronomicon !). Je trouve que cet aspect exploration disparaît un peu trop des opus suivants, jusqu’à… Prometheus ! Vous pouvez me blâmer, je tends le bâton pour me faire battre, mais le film, très maladroit je vous l’accorde, avec des révélations sur les ingénieurs absolument catastrophiques, possède malgré tout de très bonnes séquences d’exploration ! Je pense aussi à la découverte d’ Atlantis dans Stargate, des pyramides proto moléculaires dans la 4éme saison de The Expanse. L’exploration du Scopuli dans la première saison était également un pur moment de montée en tension. Enfin, l’exploration de l’épave spatiale dans Event Horizon, du film éponyme, apporte son lot de suspense et de pure horreur cosmique.
Une rendez-vous a à ne pas manquer
Un roman d’exploration me vient tout de même en tête, et me fait revenir vers Arthus C. Clarke, le GOAT de la SF, il faut bien que quelqu’un le dise, il s’agit de Rendez-vous Rama. Peut-être en avez-vous déjà entendu parlé, car dans cette interview Denis Villeneuve nous dévoile son envie d’adapter le roman, bien qu’il n’ait plus vraiment donné de nouvelles par la suite.
Pour les chanceux qui ne l’ont pas encore lu, je vous partage le résumé de babelio car je ne pourrais pas mieux vous le décrire :
“En l’an 2130… un « objet » pénètre dans le système solaire et aussitôt les ordinateurs répondent : un cylindre, longueur: 30 km, vitesse: 100 000 km/h… Il sera baptisé Rama. Le vaisseau spatial Endeavour part à sa rencontre, réussit à se poser dessus et pour le commandant Norton et ses hommes l’accès de Rama se révèle étonnamment facile. Un étonnement qui se change en stupeur, et effroi, quand ils pénètrent dans ses flancs : il y a là quatre mille km à explorer, un monde de structures, d’escaliers vertigineux, de routes. Un monde de silence et de non-vie… Où tout semble d’une haute technologie, intact, et pourtant vieux de millions d’années ! Rama continue de fendre l’espace… Qui est aux commandes : un robot ? un esprit ?”
Il y a tout ce que j’aime, de l’exploration, des mystères qui restent suspendus tout au long du récit, beaucoup de réponses, beaucoup d’autres questions encore. Mais la question qui nous intéresse, vous la connaissez aussi bien que moi : Y-a t-il de la vie dans ce cylindre qui traverse la galaxie ? Et la réponse est… Oui d’une certaine manière. Les visiteurs découvrent au fil de leur exploration une vie biomécanique, semblable à des insectes ou des crustacés métalliques. Ce qui est particulièrement étrange, c’est que ses êtres semblent être chacun investis d’une mission qui leur est propre, nous verrons par exemple un immense méca-crabe débarrasser les débris d’un engin volant appartenant aux visiteurs qui s’était écrasé sur la grève. Le crabe nettoyeur ne semble pas avoir remarqué l’homme, sidéré, se trouvant pourtant juste à côté. Tentant de comprendre les fonctions des infrastructures et la composition de ce petit monde, les visiteurs se retrouvent contraints de quitter Rama, car celle-ci commence à s’éloigner trop loin de la Terre. Nous n’en saurons pas plus sur ces êtres, sur leurs créateurs, ainsi que la destination du vaisseau-monde. Parfois, il faut savoir accepter les non-réponses ! (Je n’ai surtout pas pris le temps de lire les tomes suivants…)
Des extraterrestre-machines aux Dieux-méca
Des êtres machines, et si c’était l’une des représentations les plus crédibles de la vie extra-terrestre ? Les civilisations suffisamment évolué et appliquant les principes de la forêt sombre auraient pu se faire dépasser par des serviteurs qu’ils auraient créé de toute pièce.
Le nombre d’exemples dans la fiction qui vont en ce sens abondent (Alien, Matrix, Terminator, Westworld, Ex Machina, etc, etc). J’aimerais parler d’une créature-méca qui a retenu mon attention, car nous devons traverser une épopée spatiale absolument magistrale avant de comprendre son but, d’où elle vient et qui en sont les créateurs. Il est temps de vous parler du Gritche dans Hyperion. Pour ceux qui ne connaissent pas encore, ce roman en deux volumes est le trône de fer de l’Espace, et je ne comprends vraiment pas, comment se peut-il que personne n’ai décidé de l’adapter encore.
L’histoire d’Hypérion se déroule dans un futur lointain où l’humanité s’est dispersée parmi les étoiles grâce à un immense réseau interplanétaire appelé l’Hégémonie. Alors qu’une guerre approche face aux Extros, la partie de l’humanité qui n’a pas évolué au sein de l’Hégémonie, et que la civilisation entame une lente descente vers l’abîme, sept pèlerins sont envoyés sur la planète Hypérion, vers les mystérieux Tombeaux du Temps. Là-bas vit ce fameux Gritche, une créature légendaire et terrifiante capable de manipuler le temps, vénérée par certains comme une divinité et crainte par tous les autres. Durant leur voyage, chaque pèlerins raconte son histoire. Nous rencontrons un diplomate au passé obscur, un prêtre confronté à une étrange immortalité parasitaire, un soldat soldat surnommé “Le boucher”, un poète maudit, un érudit dont la fille vieillit à rebours du temps, ou encore une détective mêlée à un mystère lié aux intelligences artificielles du TechnoCentre.
Ça me fait mal au cœur de spoiler certaines intrigues comme un porc, je prie avec l’ Église Grichtèque pour que vous ayez envie de lire le roman avant d’aller plus loin, car je vais évoquer directement la fin ! Après moulte péripéties, Dan Simmons (RIP… il nous a quitté cette année) nous offre des réponses glaçantes car elles font échos à des problématiques très actuelles, notamment en ce qui concerne l’utilisation des IA. Bien qu’écrit en 1991, l’auteur anticipait déjà la perte de souveraineté intellectuelle et la dépendance aux intelligence artificielles. Dans Hypérion, l’IA régit absolument tout, y compris les portes spatio-temporelles qui permettent de passer d’une planète à une autre, et avant la révélation de son objectif, qui pourrait être appelé clairement “la solution finale” pour l’ensemble de l’humanité, le danger qu’elle représente est rarement dépeint comme tel. On voyait cependant dans la dernière histoire, qu’il existe trois catégories IA qui ont pris des cheminements de pensées différentes, celles qui souhaitent le bien de l’humanité, celles qui souhaitent la détruire, et celles qui ne se prononcent pas. La deuxième catégorie était pourtant surveillée de près par l’humanité, d’où le faux semblant sur le contrôle de la situation. La surprise est totale lorsqu’on découvre que les Extro n’ont jamais souhaité attaquer l’Hégémonie, et que les assauts provenants de vaisseaux inconnus sont en fait dirigés par le TechnoCentre. On apprend que celà a été rendu possible à cause de la 3éme catégorie qui a finalement rejoint la deuxième (Tiens, ça me rappelle autre chose de très actuel). Les IA se sont rassemblées dans un projet de création d’une intelligence artificielle ultime qui serait semblable à un Dieu, et possiblement le Gritche n’aurait pas tout à fait rien avoir là-dedans ! Dan Simmons reprend ici une théorie bien réelle, celle du Basilic de Roko.
Le point de vue de Philip K. Dick
Une vie artificielle…La question de la vie extra-terrestre en soulève une autre, un peu perchée je vous l’accorde, mais qu’est-ce que la vie ? Quelque chose d’autonome, souhaitant assurer la pérennité de son existence, se multipliant ? Se pourrait-il que des machines et l’IA puissent être des formes de vie, une civilisation métallique, qui, comme Oedipe, aurait fini par tuer le père ? J’aime beaucoup l’univers de Blade Runner, et particulièrement le film de Villeneuve qui a placé cette question au cœur de son récit. Les répliquants, littéralement fabriqués de toute pièce par de la matière métallique et organique, peuvent-ils être considérés comme des êtres vivants ? Dans le deuxième film un miracle a lieu, une répliquante donne naissance à un autre, à partir de ce moment là, qu’est ce qui le différencie d’un être vivant ? La question est également très présente dans le roman initial de Blade Runner, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? écrit en en 1966 par Philip K. Dick. La vie organique étant sur le déclin, les animaux sont presque tous remplacés par des versions électroniques.
Un autre roman du même auteur a retenu mon attention sur cette problématique, notamment car il contient des séquences vraiment effrayantes, il s’agit du Dieu venu de Centaure, écrit en 1964. Dans un futur où l’humanité a été contrainte de quitter la Terre mourante pour coloniser les autres planètes du système solaire, les hommes sont désillusionnés et mènent une vie amère et monotone. Aucun lieu n’apporte des conditions de vie aussi parfaites que la Terre. Léo Buléro, est le patron de la grande firme Combiné P.P. Ils fournissent, officiellement, des amies poupées aux côlons, comble de le la tristesse, et officieusement, une drogue appelée la D-Liss, qui permet de vivre un rêve hallucinatoire interconnecté avec les autres utilisateurs pour se plonger momentanément dans l’illusion d’une vie utopique sur la Terre. Les gens sont malheureux, alors les affaires se portent bien pour Buléro, jusqu’au jour où une deuxième drogue voit le jour, la K-Priss, beaucoup plus puissante et qui ne semble pas avoir de limite de durée. L’arrivée de cette nouvelle drogue coïncide étrangement avec le retour du principal concurrent de Buléro, Palmer Eldritch, dont le vaisseau vient de s’écraser sur Pluton, lui qui avait disparu vers le système Proxima Centauri…
Comme d’habitude, la frontière entre le monde réel et halluciné est flou chez K.Dick (Osez vous perdre dans son Ubik !), et l’intrigue se complique sévèrement au fil de la progression, donnant l’impression que l’on navigue dans une mer cauchemardesque à l’horizon sans limite. Après de nombreuses péripéthies, tentatives d’assassinat et quelques trahisons, la D-Liss se propage comme du petit pain, et présente des aspects de plus en plus terrifiants. Palmer Eldritch semble pouvoir s’y matérialiser, contrôler ces paradis artificiels à sa guise et cela sous la forme d’un démiurge effrayant. Devenu mi-homme mi-machine, il possède désormais des yeux métalliques, une mâchoire d’acier et un bras mécanique. Qu’est-ce qui compose la D-Liss, et qu’elle est son but secret ? Nous apprenons à la fin du roman que Palmer Eldritch n’est finalement jamais revenu de Proxima Centauri, et nul ne sait vraiment ce qui s’est présenté sous ses traits. Était-ce un Dieu ? un extraterrestre venu de Proxima Centauri ? Une machine ? peut-être trouverez vous la réponse dans quelques indices cachés du récit…
Arrêt obligatoire à Proxima Centauri et Tau Ceti
Située à seulement 4 années lumières de notre Soleil, Proxima Centauri a fait fantasmer de nombreux auteurs SF. Il s’agit d’un système composé d’une étoile naine rouge similaire au soleil, autour de laquelle gravitent plusieurs planètes, dont Proxima Centauri b, l’exoplanète la plus proche de la Terre. En théorie, avec notre technologie actuelle, nous pourrions nous y rendre en 75 000 ans seulement !
Il s’agit de la première destination de Lewis & Clark dans L’âge des étoiles de Robert Heinlein. L’humanité cherchant un nouveau refuge (sûrement l’un des plus grands leitmotiv du space opera !), elle envoie une flotte de vaisseaux d’exploration dans différentes directions pour trouver dans la galaxie des planètes pouvant accueillir la vie. Le thème principal du roman est la dilatation du temps lors des voyages à des vitesses proches de celle de la lumière. Dans cet univers, certains humains possèdent des capacités télépathiques, utilisés pour mesurer les effets de cette distorsion temporelle. Des jumeaux télépathes sont séparés, l’un restant sur Terre tandis que l’autre embarque à bord d’un vaisseau, permettant ainsi de constater l’écoulement différent du temps entre eux. Mais ce qui nous intéresse, c’est ce qu’ils vont découvrir dans ces confins étoilés !
Le Lewis and Clark repère une exoplanète habitable dans le système de Proxima Centauri. Avant d’y poser le pied, l’équipage effectue un balayage aux rayons gamma afin de repérer d’éventuelles sources d’énergie susceptibles de trahir la présence d’une civilisation comme des villes, des infrastructures ou des éclairages artificiels. Mais RAS, et les nouveaux Christophe Colomb de l’espace déploient les premiers bataillons d’exploration à la surface. Bien qu’aucune civilisation n’occupe ce monde, les explorateurs découvrent une biosphère relativement proche de celle de la Terre. Ils observent une flore très similaire, mais aussi des animaux évoquant des oiseaux, des poissons, des porcs, et une espèce qui s’apparente à des dinosaures. Les premiers rapports transmis à la Terre sont enthousiastes. L’humanité semble avoir trouvé un nouveau foyer, et la Terre envoie aussitôt plusieurs missions de colonisation, dont les vaisseaux mettront des années à parvenir à destination.
Cependant, une autre forme de vie est déjà présente sur ce monde, bien qu’elle ne soit pas visible à l’œil nu, je veux parler des micro-organismes. N’ayant aucune immunité contre les bactéries locales, de graves infections se déclarent parmi les membres de l’équipage, laissant sur le carreau une partie des explorateurs. Heureux qui comme Ulysse à fait un bon voyage, dirait-ils. Car en poursuivant son exploration, le Lewis and Clark atteint une planète du système de Tau Ceti, située à 12 années-lumière de la Terre. Ce monde, presque entièrement recouvert d’un immense océan, est loin d’être aussi calme que celui de Solaris. Les équipes envoyées à la surface, ainsi que le vaisseau lui-même, sont attaqués par des créatures amphibies humanoïdes qui semblent tout droit sorties du Cauchemar d’Innsmouth de Lovecraft. Bien qu’ils soient à peine sortis de l’âge animal, leur force, leur agressivité et leur parfaite adaptation à leur environnement leur permettent d’infliger de très lourds dégâts aux explorateurs, contraints de battre en retraite et de quitter ce monde hostile.
Les micro-organismes extra-terrestres
C’est que la vie extraterrestre ne laisse pas approcher aussi facilement ! Nous arrivons bientôt à la fin de notre panorama spatial, et j’aimerais m’arrêter sur les micro-organismes. Nous avons pu voir dans L’âge des étoiles, qu’explorer une nouvelle planète peut être un défi immunologique, mais d’autres auteurs SF vont encore plus loin, et imaginent les microbes comme une civilisation intelligente aux capacités dévastatrices. Je pense notamment au roman Projet dernière chance de Andy Weir, que je dois avouer n’avoir pas encore lu, mais le film était une très grande surprise ! L’auteur met en scène Ryland Grace, un ancien professeur de sciences qui se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, sans aucun souvenir de son identité ni de la mission qu’il doit accomplir. Peu à peu, il découvre qu’il participe à une ultime tentative pour sauver la Terre (again and again, c’est tout même intéressant que l’intérêt pour les mystères de l’espace n’apparaît que lorsque la situation semble désespérée). Une mystérieuse forme de vie microscopique, appelée Astrophage, est en train d’absorber l’énergie de plusieurs étoiles de la galaxie, dont le Soleil, menaçant à terme de provoquer un refroidissement global de la Terre et l’effondrement de la civilisation humaine. Son voyage l’emmène vers Tau Ceti the place to be, seule étoile qui ne faiblit pas, pour y comprendre ce qu’il s’y passe. Là-bas, il fait une étonnante rencontre…
L’intrigue me rappelle un autre roman qui m’avait beaucoup plus, Spin, de Robert Charles Wilson. Ici, la Terre a été coupée du reste de l’univers par une mystérieuse barrière opaque à l’extérieur de laquelle le temps s’écoule des millions de fois plus vite. Il ne reste donc plus que quelques décennies avant que le Soleil ne transforme la Terre en une boule de feu. On y suit le destin de trois américains qui consacrent leur vie à comprendre pourquoi et par qui la barrière a été installée. Ils découvrent à la fin que le “spin” est la création d’une vie micro-organique intelligente. Loin de vouloir détruire la Terre, ces entités cherchaient au contraire à la protéger, le “spin” était la première étape d’un plan de sauvetage pour les noob que nous sommes, en ouvrant la planète vers de nouveaux mondes habitables grâce à de gigantesques portes cosmiques. (Là encore, un grand leitmotiv de la SF).
Il est fascinant et un peu inquiétant de voir que l’une des formes de vie extraterrestre probable pourrait s’affranchir d’un environnement planétaire. Ces micro-organismes seraient capables de stocker des quantités phénoménales d’énergie, de survivre dans le vide spatial et de migrer naturellement entre les étoiles. Ça, c’est de l’exotisme !
Pour conclure...
Après ce long voyage à travers ces espaces infinis, nous avons pu rencontrer un certain nombre de vies extraterrestres, des créatures plus grandes que des mondes jusqu’aux microbes, imaginées par des auteurs de science fiction soucieux de la vraisemblance. La vie étant déterminée par des environnements spécifiques, imaginer ces lieux est tout aussi important ! Bien que nous ne soyons pas partis beaucoup plus loin que la Voie Lactée, nous avons tout de même rencontré les Suzerains, et le maître-esprit, les trisolariens et des êtres si illustres qu’ils peuvent réduire une galaxie dans un tableau en deux dimensions. Nous avons croisé les habitants de Jupiter et Europe grâce aux Enfants des étoiles. Nous nous sommes arrêtés devant l’océan vivant de Solaris, puis avons vogué à bord du Rama où nous avons côtoyé ces créatures de vie biomécaniques. On s’est égaré dans quelques épaves spatiales et des Zones incomprises. Puis nous avons échappé au Gritch et son emprise sur le temps, ainsi qu’au TechnoCentre, et nous avons fuit le rêve doux-amer de Palmer Eldritch. Nous sommes passés par Proxima Centauri et Tau Ceti, où nous avons vu un genre de vie animale, et des êtres amphibies féroces. Et enfin, nous avons compris que parfois des êtres microscopiques peuvent bouleverser l’ordre cosmique des choses.
Dans cette recherche de l’altérité, je n’ai pas retenu les formes de vie extraterrestres ‘humaines”, c’est-à-dire des populations humaines installées sur d’autres planètes, d’autres systèmes, voire d’autres galaxies, que ce soit à la suite d’un long processus de colonisation ou d’une évolution parallèle dans des environnements similaires au nôtre. Dans la littérature SF, ces civilisations servent le plus souvent de support à une réflexion sociologique ou politique. On se situe alors à la frontière entre hard et soft SF. Les empires galactiques et leur gigantisme deviennent l’occasion d’explorer des thèmes tels que le pouvoir, le contrôle du savoir ou la domination des masses. C’est notamment le cas dans Fondation, Dune ou Des milliards de tapis de cheveux, dont vous trouverez ma critique en cliquant ici.
J’aimerais tout de même conclure sur un tout dernier cas un peu à part, qui est la représentation de Mars dans la SF. Les martiens ont très longtemps habité la pop culture, ce qui peut paraître assez étonnant pour une planète qui est un immense désert rocailleux, et qui puis est se situe à grande proximité de la Terre. Des œuvres mythiques ont mis en scène des civilisations aussi avancées que la nôtre, voire encore plus développées. Je pense par exemple à la Guerre des Mondes de H.G.Well, ou des martiens attaquent la Terre à bord de tripods géants. Il y a aussi les très célèbres Chroniques martiennes de Ray Bradbury, où les terriens tentent au fil des chroniques de se rapprocher toujours mieux de la civilisation martienne. Je pense également à la série The Twilight Zone, que je tente de faire découvrir dans cet article, et qui met, à plusieurs reprises, en scène des martiens.
L’image d’une Mars peuplée de civilisations extraterrestres commence à décliner en 1965, lorsque les premières photographies de la sonde Mariner 4 révèlent un monde désertique, rocheux et criblé de cratères. Les missions suivantes confirment que la planète rouge est bien plus inhospitalière que ne l’avaient imaginé les auteurs de science-fiction du début du XXe siècle. Petit désespoir concernant l’une des planètes les plus observées de l’histoire de l’humanité, mais il reste encore 400 milliards de planètes à observer, et qui je pense, fourniront à nos écrivains toute la matière nécessaire pour nous faire lever les yeux encore longtemps !