L'Antre de la folie

★★½☆☆

RETOUR À SILENT HILL
-
CHRISTOPHE GANS

RÉSUMÉ :

Lorsqu’il reçoit une mystérieuse lettre de Mary, son amour perdu, James est attiré vers Silent Hill, une ville autrefois familière, aujourd’hui engloutie par les ténèbres.En partant à sa recherche, James affronte des créatures monstrueuses et découvre une vérité terrifiante qui le poussera aux limites de la folie.

INFOS TECHNIQUES

Date de sortie: 21 janvier 2026
Casting: Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Evie Templeton
Réalisation: Christophe Gans
Genre: Horreur, Mystère
Durée: 106 min
Titre originale du film: Return to Silent Hill
Langue originale du film: English (en)

PRODUCTION

Pays de production: France, Japan, United States of America, United Kingdom, Germany
Sociétés de production: Konami, Davis Films, Ashland Hill Media Finance, Supernix, WIP, Richmond Pictures, Lipsync Productions, Electric Shadow Company

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POUR ALLER PLUS LOIN...

Affiche officiel du film Retour à Silent Hill (2026). On y voit un œil regardé à travers la fente d'un mur.

Par Kevin Kozh n’air

11 février 2026

Note globale : 2,5/5

Douche froide sur mes grands espoirs

Les amis, c’est difficile de trouver le temps d’écrire sur TOUS les choses que j’ai envie de partager avec vous. Je suis en train d’écrire un article sur le genre du space opéra dans la littérature SF, un autre sur Welcome To Derry, un autre sur Pluribus. Je m’éparpille un peu dans tous les sens mais aujourd’hui, je suis obligé de placer cet article n°1 dans mes priorités, car c’est trop grave ce qui se passe.

 

Return to Silent Hill est un nanar. Le film que j’attendais le plus depuis deux ans est un nanar. C’est vraiment terrible et je me sens mal pour Christophe Gans, le réalisateur du film, qui y a mis tellement du sien. On voit son amour sincère du jeu à chacune de ses interviews, mais dans la salle obscure, les gens étaient bidonnés de rire du début à la fin. Quand un film fait non intentionnellement rire, on est sur un bon nanar. Peut-être même pire que Silent Hill 3D Révélation qui pourtant avait mis la barre bien bas.

 

C’est une critique que je fais à chaud, j’ai pas trop regardé les autres avis des critiques ciné mainstream et sur Allociné, juste quelques interviews du réalisateur, donc ça sera surement une réflexion plus courte que les autres (quoi que, quand je commence, je sais jamais vraiment où je vais m’arrêter). Pour donner un rapide contexte de mes attentes, j’ai découvert le film Silent Hill quand j’avais environ 14 ou 15 ans, que j’ai visionné dans des conditions dégeulasses, avec plusieurs personnes sur un petit écran PC, écran pété avec une ligne verte en plein milieu je précise, et là… Syndrome de Stendhal. j’étais subjugué, terrifié, complètement happé par cet univers absolument insane. Cette sirène, ces monstres, ces avenues brumeuses, cette rouille, ces musiques et cette ambiance sonore proche de l’analog horror, bref, tout fonctionnait à merveille. J’ai tenté de jouer aux jeux avant de me rendre compte que les jeux d’horreur immersifs étaient beaucoup trop flippant pour la grosse tata que je suis, mais j’ai regardé pléthore de let’s play ainsi que pas mal de vidéos qui en expliquent le lore. 

Un de mes premiers trauma horrifique, le Pyramid Head de Silent hill (2006)

Deux projets d’adaptation du même jeux

Après le covid, Silent Hill revient au cœur de l’actu avec la sortie du remake du 2éme jeu, considéré comme le meilleur de la saga, par la Bloober Team et un projet d’adaptation au cinéma du même jeu, par Christophe Gans, le réalisateur du premier film . Les deux projets d’adaptation se font en parallèle et n’ont quasiment pas communiqué entre eux comme Gans nous l’apprend dans cette interview. Il a tout de même rendu un petit hommage au premier trailer du remake, avec le même mouvement de caméra et l’insecte au sol lors de la scène d’intro où James se regarde dans le miroir dans des toilettes publics creepy.

 

Le remake sort, c’est un énorme carton, peut être l’une des expériences horrifiques la plus pure et intense que j’ai pu avoir dans une œuvre fictionnelle, et d’ailleurs je vous recommande 1000 fois le letsplay de At0mium que je vous partage ici.

 

Je suis donc chaud patate pour la sortie du film adapté du même jeu ❤️
Mais… les nouvelles se font rares. J’avais l’impression que le film restait à l’état de projet, aucune avancée réelle et encore moins une date de sortie ne voyait le jour. En même temps, Christophe Gans revenait de loin, avec la mort de son producteur et ami Samuel Hadida, avec qui il a fait tous ses films, ce qui a immédiatement mis un terme à leur projet d’adaptation de Corto Maltese prévu pour 2019. Il a fallu développer d’autres liens de production et repartir à 0. Le film finit par se faire, les passionnés trouveront quelques images du storyboard, une vidéo mi-interview mi-trailer de Gans et de Akira Yamoka, compositeur génialissime des musiques du jeux et des films. Le film n’aura eu quasiment aucune communication jusqu’à sa sortie, juste un trailer tombé dans l’indifférence la plus totale. Mais purée, qu’est ce qui se passe ?

Luke Roberts à servi à modelisé James pour le remake du jeu. C'est difficile de ne pas le comparer au film, tant il lui est supérieur en tout

Destruction intégrale de la substance du jeu

Allez, j’avais prévu de faire court et me voila encore parti dans un roman ! Bon, Retour à Silent Hill, ça raconte quoi ? La je m’adresse à ceux qui n’ont pas vu le film mais également à ceux qui l’ont vu mais qui n’ont rien compris, ce n’est pas de votre faute les gars, c’est un gros bordel. Pourtant à la base l’histoire est très simple, James Sutherland reçoit une lettre de sa femme, Mary, pour lui demander de la rejoindre dans un endroit spécial où il auraient partagé un souvenir heureux, Silent Hill. La où ça devient la mierdas, c’est que sa femme est morte depuis 3 ans.

On va commencer à spoiler gentiment, et évoquer l’histoire que vous auriez DU avoir… James se rend donc à Silent Hill pour explorer la ville et tenter de retrouver Mary. Mais la ville est différente de son souvenir, tout est brumeux et creepy. Il allait obscure dans la vallée solitaire comme dirait ce bon vieux Virgile. Sur son chemin il rencontre ça et là, des personnages tout aussi égarés que lui. Ils tiennent des discours confus et semblent rongés par des démons intérieurs. Et vous allez dire que je me la pète avec mes références littéraires, mais ces rencontres me font penser au poème Chacun sa chimère de Baudelaire, que je vous partage ici.

James tente en vain de leur soutirer des informations concernant Mary, mais la tension monte d’un cran lorsque des premiers monstres apparaissent. Ils ont l’apparence de femmes sous camisole, qui marchent difficilement et dans la souffrance, ou rampent au sol comme de la vermine. Il tombe aussi sur des infirmières, des corps bizarres qui ressemblent à un assemblement de jambes, il y a une certaine esthétique sexuelle vraiment dérangeante. Au fur et à mesure de sa progression, les fameuses ténèbres de Silent hill apparaissent, où James tente d’y survivre en fuyant le Pyramid Head. 

Dans son exploration et sa recherche d’indices, il passe par les endroits importants de la vie de Mary. Il passe par l’hôpital où elle a passé ses derniers moments, l’hôtel sur le lac où vécurent heureux pendant un temps. Le jeu est littéralement une libre adaptation horrifique du mythe d’ Orphée et Eurydice. Une lecture symbolique de cet Enfer nous aide à y comprendre ses secrets. Nous sommes dans l’Enfer mentale de James. Les infirmières, incarnent celles qui ont accompagné Mary dans sa fin de vie et cristallisent, dans l’esprit de James, l’image de la mort de sa femme. La sexualisation excessive des monstres renvoie à sa frustration sexuelle (ça à l’air chelou dit comme ça, mais de nombreux indices vont en ce sens), et Pyramid Head à sa culpabilité. Non pas celle d’avoir tué sa femme pour abrégrer ses souffrances, mais celle de l’avoir fait pour abrégrer les siennes à lui. Il s’enfonce toujours plus loin dans les limbes de ses souvenirs, dans les profondeurs de Silent Hill, pour se confronter une dernière fois à celle qu’il a aimée.

Un femme, au corps étrange, comme si elle était sous camisole mais celle(ci faisait pasrtie de sa peau, approche d enous en passant sous un pont. L'image est d'un bleu inquiétant. Tirée du film Retour à Silent Hill (2026).
Retour à Silent hill (2026) - le design des créatures est super intéressant, seule chose à garder du film

Un début qui annonce du lourd (C’est littéralement lourdingue)

Alors comment cela a pu foirer autant ? Ce qui est intéressant c’est que la séquence d’ouverture est d’une laideur inouïe et a calmé instantanément le peu d’espoirs qui me restait. C’est un peu crucial de réussir son intro, donner le ton du film, surtout pour un univers dont la force repose sur les ambiances. Ici les couleurs sont éclatées au sol, pétantes et aseptisées comme une production Netflix,  avec un James mi Dark-Sasuke mi kéké des plages, entrain de foncer avec sa grosse bagnole de sport. Il percute malencontreusement les bagages de Mary, l’empêchant de prendre son autocar. Ils tombent amoureux ici et maintenant, sur le belvédère surplombant la ville de Silent Hill, avec une vue panoramique absolument dégueulasse. Juste, s’il vous plaît, prenez le temps de regarder l’intro du jeu et comparez le avec celle du film, vous allez voir qui maîtrise sa narration et qui ne la maitrise pas…

Gans a pris le parti de raconter l’histoire d’amour de James et Mary au travers de flashback. On y voit leur rencontre, leur moment de bonheur, la perte d’équilibre, les problèmes de Mary et la fuite de James, là où le jeu vidéo laisse beaucoup plus de place à l’interprétation au joueur. La dépression de James est tellement bien mise en scène que c’était pas nécessaire de raconter frontalement son histoire d’amour passée. Et tout le problème est là… J’ai rien contre Jeremy Ivrine mais c’est probablement le pire choix de casting qu’il était possible de faire. Et tout le maquillage pour assombrir son regard, son petit perfecto et ses colliers gothiques, en mode “Never Turning Back” ne le rendront pas plus crédible. On parle ici d’une relation qui a durée de nombreuses années et qui a fortement marqué James. Dans le film, on a l’impression que Jeremy Ivrine sort du lycée, et que Mary était son crush de l’été, comment peut-on croire au trauma de James une seule seconde ? Ce qui est fou, c’est que le James modélisé pour le jeu, basé sur les traits de l’acteur Luke Roberts (Black Sails et L’Épée du Matin dans Game Of Thrones), exprime 100 fois plus d’émotions que l’acteur du film, qui lui est réel… Avec un James aussi vide et insipide, je comprends que Gans se soit questionné sur la crédibilité de leur amour au yeux du spectateurs, et qu’il a foutu des flashback à gogo comme cache misère.

J’ai rien contre l’utilisation des flashback, notamment en terme de rythme ça aurait pu être intéressant, mais là, avec les ellipses et leur côté ultra stéréotypé, non c’est juste naze. D’ailleurs ils sont tellement stéréotypés qu’on peut se demander si ils sont vraiment déroulés comme ça, ou si ce n’est pas James qui réinvente tout. Mais il n’y a tellement rien qui va dans ce film que je pense que c’est simplement un défaut d’écriture. L’un des premiers était  celui où James et Mary sont étendus dans un champ de blé, la lumière est éclatante et ils rient aux éclats. Il y a un pupitre contenant un portrait inachevé de Mary. Oui on est sur ce genre de clichés lourdingues !

On est qu’au début et le film cumule déjà les fautes impardonnables. Et je ne vous ai pas parlé de l’immense titre en 3D immonde du film qui émerge de la forêt lorsque James commence à marcher vers Silent Hill. Je me suis dit à ouai on en est là, ça pue le manque de budget et un esthétique du kitsch absolument pas volontaire, il va falloir s’accrocher.

Hum, regarder moi le charisme éclatant qui ne fait pas tout série B de Jeremy Ivrine

Les effets spéciaux ? Le retour de la Momie/20

Concernant les effets spéciaux du film, bon c’est de la merde en barre, dû je pense à un manque de budget, mais il y avait quand même des propositions intéressantes. Notamment le design des monstres que j’ai trouvé très cool, nous rappelant l’univers horrifique de Beksinski. Gans a recruté des danseuses professionnelles pour faire les infirmières et le monstre en camisole ainsi que la femme araignée qui se fait dégommer par Pyramid Head. Même la transformation horrifique de Mary en papillon, faisant image à la symbolique des papillons dans le jeux, bon c’était mal fait, on ne va pas se mentir, mais j’ai trouvé l’idée vraiment bonne.

J’ai beaucoup aimé ce plan où James sort d’un immeuble par sa cage d’escalier extérieur, lorsque les ténèbres ont envahit la ville, et qu’il y a un dézoom qui nous montre toute la façade de l’immeuble, d’où l’on peut voir des silhouette humaines à travers les fenêtres, comme des êtres qui observent James tenter de survivre dans cet enfer. Globalement la première apparition des ténèbres fonctionnait bien, j’ai beaucoup aimé cette ouverture vers un ciel rouge, alors que le premier opus proposait plutôt des vues plongeantes orientées vers les entrailles de la terre, et d’où on voyait surgir des flammes et des structures métalliques cauchemardesques. Voir les ténèbres apparaître depuis James était également une bonne idée, surtout que ce n’est pas montré directement la première fois, la deuxième fois, où elles apparaissent lorsqu’il pose sa main au sol, est beaucoup moins subtile.

Il y a juste ce zoom super bizarre sur le corps d’un des insectes qui grouille au sol, j’ai pas réussi à trouver du sens à ça, d’autant plus qu’il va y en avoir plein d’autres. C’est un zoom très rapide sur quelque chos avec un bruit d’aspiration rapide, on aura exactement le même sur la femme araignée. Dans un jeux vidéo ça marche très bien, ça fait un peu cutscene avant la confrontation, mais dans ce genre de film, purée ça donne un côté amateur assez terrifiant.  On a quelques dézoom qui donnent cette même impression d’amateurisme, notamment lorsque James se réveille au bord du lac.

Est-ce qu’on peut mettre l’esthétique affreuse, les effets spéciaux calamiteux et les mauvais acteurs sur le compte d’un manque de moyen ? La question est pertinente, et pour vous donner un ordre d’idée, le premier opus avait un budget de 50 000 000 $, tandis que celui-ci, réalisé 20 ans plus tard après le covid et les différentes vagues inflations, avait un budget de 23 000 000 $.

Je suis prêt à mettre ma main à couper que Gans n’a pas eu beaucoup de pouvoir sur le choix du casting. Et la différence avec son premier film est flagrante, où on y retrouverait des grandes stars du cinéma US (Sean Bean, Radha Mitchell, Jodelle Ferland qu’on ne voit malheureusement plus, et Deborah Kara Unger, l’actrice de Carrie). Il laisse entendre dans plusieurs interviews que la relation avec ses nouveaux producteurs n’a pas été des plus simples, malheureusement ça se voit, et l’absence totale de promo renforce cette impression…

Une rue dans une ville au ciel rouge et lugubre. L'image est tirée du film Retour à Silent Hill (2026)
La première introduction des ténèbres était plutôt réussie

Catastropher Gans à l'écriture

Cependant, on ne peut pas non plus lui enlever toute responsabilité à ce désastre. L’écriture du scénario c’est lui. Dans cette interview il dit l’avoir écrit de A à Z durant le confinement. L’histoire du jeu, très simple, a été complexifiée à mort jusqu’à l’indigestion. Dans l’histoire tragique de James et Mary, il y a mélangé l’influence d’une secte qui empoisonne Mary dans le cadre d’un long rituel satanique initié par son père. Je pense que cela vient surtout d’un souhait de fusionner tous les personnages féminins, y compris Angela, qui permettait dans le jeux d’aborder la thématique de l’inceste. Le fait que James ait abandonné Mary à cause de la secte, et non plus à cause de la difficulté de la maladie comme dans le jeu, mais quel faux pas ! En remodelant à ce point l’histoire, la nature du propos s’en trouve grandement altérée.

Pour vous donner quelques exemples, l’histoire de base aborde des sujets très lourds qui peuvent être un peu “touchy” au grand écran. Je suis quasiment sur que les producteurs ont mis leur véto sur des propositions, je pense notamment à Pyramid Head qui tabasse la femme araignée alors que dans le jeux on l’entreaperçoit en train violer un monstre. C’est cru, quoi que dans le jeu c’est surtout suggéré, mais c’est essentiel pour comprendre les tourments de James. On comprend pas bien non plus les problématiques de Angela, si ce n’est qu’elle est une des personnalités de Mary dans le film, alors que dans le jeu elle erre à Silent Hill car elle est traumatisée par les viols répétitif de son père. Le boss fight avec celui-ci, une créature horrible, fusionnée dans un amas de chair avec un lit, est impressionnante et immonde. On voit cette confrontation dans le film, et encore une fois le design de la créature est très cool, mais le montage est hyper bourrin et épileptique, on a vraiment l’impression que tout est fait pour ne surtout pas brusquer le spectateur, lui en montrer le moins possible pour ne pas qu’il puisse faire le rapprochement avec l’idée d’un viol incestueux.

Ce côté aseptisé, que j’imagine provenir des producteurs (enfin, j’espère !) enlève toute le propos du récit, et je suis quasiment sûr qu’un spectateur qui n’aura pas joué au jeu ne va absolument rien comprendre des intentions réelles de l’histoire, du moins les complexités qui en découlent. Mais parfois c’est l’inverse, on nous balance des gros indices dans la gueule pour bien faire comprendre que Pyramid Head est James, quasiment dès le début du film. Et le pire, c’est que le film tente de nous le vendre comme un plot twist incroyable à la fin, avec cette scène ridicule où James dans son atelier jette des traits rouge sur son autoportrait, ceux-ci prenant une forme d’une pyramide autour de sa tête, dans une hommage pas subtile et très énervant au Portrait de Dorian Gray.

Des infirmières démoniaques marchent droits devant dans un couloir. Image tirée de retour à Silent Hill (2026)
J'ai pas retrouvé le frisson des infirmières démoniaques en slow motion du premier opus

Hommages ratés et personnages nanardesques

Du côté des autres personnages, rien ne fait sens dans ce capharnaüm. La psy qui téléphone à James le soir pour lui dire de ne pas oublier de venir à son RDV le lendemain matin, mais sérieusement qui fait ça ? Quel psy va aussi loin dans son accompagnement avec des patients ?! On va rencontrer également une galerie de personnages étranges qu’on aura pas de mal à identifier comme des membres de la secte, d’ailleurs au motif totalement inconnu. Mais n’est pas David Lynch qui veut. Rien ne fait sens. Ces personnages sont trop absents pour être vraiment développés, et pas suffisamment intéressants pour qu’on ait envie de creuser un peu plus. C’est ça le grand drame  de Return to Silent Hill, c’est qu’avec son début catastrophique, on ne fait plus confiance à son réalisateur. Il a fait tellement de rajouts, de modifications, de propositions cheap, (le  batîment en flamme à la fin a été fait sur Paint, c’est pas possible autrement), d’effets amateurs (ces zooms de merde, je ne m’en remets pas), quand ce n’est pas carrément de mauvais goût (le lit de Mary qui s’élève dans la nuit brumeuse, on voit limite les ficelles qui le tiennent, la salle de ciné était en PLS) qu’on a pas envie de décrypter son univers. Et la dessus, le personnage de Maria en est le parfait exemple. Censée représentée l’adultère de James et le remord qui en suit, lorsque sa femme était mourante, sa ressemblance avec Mary n’a rien d’un hasard, un peu comme le Vertigo de Hitchcock. Mais ici tout sonne faux, alors quand on voit la même actrice jouer le rôle de Mary et de Maria, on peut légitimement se demander si c’est lié au manque de budget. La scène où Maria révèle son prénom à plongé la salle dans un fou rire, preuve que sa portée symbolique n’a pas été comprise. Tout ce qui est bizarre et inquiétant dans le jeu revêt dans le film un aspect nanardesque.

Une seule scène sera accordée à Eddie, et c’est pour moi un bel exemple d’un réel problème de production. Eddie, c’est un personnage en détresse que James rencontre assez tôt dans le jeu. Mais au fur et à mesure qu’ils se retrouvent, il devient de plus en plus inquiétant, de plus en plus déconnecté du réel, et vindicatif. Ici dans le film, on se contentera juste d’une première rencontre et on ne reverra plus le personnage. C’est quand même bizarre car il se présente à James, lui explique son problème et celui de la ville, lui donne son nom, puis lorsqu’ils doivent fuir face à Pyramid Head, il met une patate de forain à James et on ne le reverra plus. Venez pas de me dire qu’il y a pas eu un cut sauvage au montage, c’est trop bizarre d’introduire un personnage pour ne jamais le revoir ! Cela dit, sa fausse barbe, qu’on retrouvera sur James plus tard (Eddie serait-il un avatar de James dans le monde merveilleux de Gans ? 🙂 ), est vraiment le truc le plus terrifiant du film.

Un homme s'enfui d'un couloir en flamme. Image tirée du film Retour à Silent Hill (2026)
C'est tellement beau et bien fait, on s'y croirait n'est-ce pas ? 🙂

Pour conclure

Encore une critique plus longue que prévu, mais si vous avez aimé le jeux et que vous avez de sérieuses attentes du film, FUYEZ pauvres fous ! Abandonnez tout espoir… En fait, j’aurais préféré une adaptation littérale du jeu, avec plus de plans contemplatifs, plus de lenteur, pour favoriser l’immersion progressive. Le manque d’originalité aurait sûrement été reproché à Gans, mais ça nous aurait au moins éviter cette catastrophe. Ici, il tente de s’inscrire dans la lignée de L’échelle de Jacob, mais il n’en maîtrise ni les codes, ni la narration. Je pense qu’il a eu peur de laisser son spectateur dans le brouillard trop longtemps, alors que c’est précisément ce qu’il aurait dû faire, au lieu de lui servir du prémâché moche et mal fait en permanence. Le film est tellement dense que le lendemain de mon visionnage, tout paraissait flou, tellement il y avait de choses qui ne se connectent pas, que la moindre proposition, sur le fond comme sur la forme, était un flop total.

Ce qui est inexplicable, c’est que le réalisateur évoque parfois ses sources d’inspirations, et aussi  les connexions artistiques qu’il avait avec Akira Yamaoka et qu’il souhaitait insuffler au film. J’ai mentionné les peintures de Benkinski, mais il semble également avoir voulu revenir au cinéma impressionniste italien et les giallo des années 70/80. Le travelling avec les infirmières nous rappellera la célèbre scène de Old Boy, on sent qu’il y a une vraie recherche esthétique derrière cette bouse, incompréhensible…

Je pense qu’il aurait dû s’inspirer plus des mécanismes des jeux d’horreur , les Silent Hill et autres, qui souvent ont cette lenteur et cette montée en tension psychologique qui peut mettre mal à l’aise. Par exemple, au début des années 2010 il y avait un nouveau projet de jeux vidéo, Silent Hills, qui finalement verra sa production annulée (La plupart du casting, Hideo Kojima, Norman Reedus, et Guillermo Del Toro se retrouveront après dans Death Stranding). Mais on aura quand même eu un trailer et une démo, avec notamment l’exploration d’un couloir de Penrose cauchemardesque, qui a eux seuls comportent tellement plus de propositions intéressantes que ce film de 1h40…

Je me demande aussi dans quelle mesure Christophe Gans sait que son film est mauvais, car il avait l’air tellement serein et inspiré durant ses interviews. Bref, c’est dommage, d’autant plus qu’avec deux gros nanars de ce calibre, on est pas prêt de retrouver Silent Hill au grand écran.

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