★★★☆☆
PRÉSENCE
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DAVID SODERBERGH
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Par Kevin Kozh n’air
2 mars 2025
Note globale : 3/5
Après avoir réalisé à peu près tous les genres de film (documentaires, érotiques, politiques, braquage, thriller psychologique, gangster, SF, etc ) j’ai cru que Steven Soderbergh voulait rajouter la corde horrifique à son arc avec Présence. Je ne suis pas un grand consommateur de sa filmographie, mais j’avais été séduit par la saga des Océans (surtout le premier, on va pas se mentir) et le très bon Paranoïa, qu’il avait habilement choisi de tourner sur smartphone pour accroitre le sentiment d’oppression d’une femme qui se fait poursuivre par son ex. Difficile donc, de ne pas être intrigué par Présence, ne serait-ce que par son affiche qui m’a immédiatement fait penser au Horla, de Maupassant.
Mais j’ai fait fausse route ! Ce n’est pas vraiment un film d’horreur à proprement parler, mais une proposition expérimentale où le spectateur est à la place d’un fantôme, témoin des événements qui se tiendront dans la maison, se rapprochant plus de Ghost Story que de Conjuring.
Le film se déroule dans un huis clos dont le point de vue est celui du fantôme qui hante la maison. Il commence sur une exploration silencieuse en plan séquence qui nous fait découvrir chaque pièce où se déroulera le film, et en même temps, nous fait ressentir l’enfermement du fantôme. C’est dans ce cadre que s’installe une famille américaine typique de la classe moyenne supérieure. Tout semble fonctionner à merveille : les enfants sont brillants, les parents ont le parfait équilibre entre carrière et vie domestique. On observe tout cela par les yeux du fantôme, spectateur invisible de l’american dream qui, très vite, commence à se fissurer. Sous la surface bien lisse et bien propre de leur quotidien, les tensions apparaissent. La fille est hantée par la mort de son amie et son frère est trop égocentré pour l’écouter. La mère, plus cartésienne que Descartes, concentre son affection sur son fils, dans une relation limite incestuelle, où elle projette ses propres ambitions sur lui. Sa fille, jugée trop émotive, est complétement goshtée (vous l’avez ? 😉 ). Le père joue passivement son rôle de médiateur et tente de sauver les apparences sans jamais vraiment s’impliquer. Petit à petit, le film nous montre les failles de cette famille idéalisée à travers le regards voyeuriste du fantôme. Et c’est justement ce regard à la fois distant et intrusif qui rend la première partie du film intéressante.
Mais à mi-parcours, le film bascule. L’arrivée des problèmes, c’est-à-dire l’ami du fils, luis aussi provenant d’une classe sociale élevée, amorce une série de rebondissements qui trahissent le pacte initial. La relation amoureuse qui commence entre cet ami et la fille semble d’abord saine et consentie, jusqu’à cette scène où, après avoir fait l’amour, il verse du GHB dans son verre. Le fantôme intervient alors, faisant tomber le verre pour la protéger, et dévoile ainsi une étonnante proximité avec elle. Ce twist marque une rupture avec la sobriété du début. Le film, qui se voulait une exploration des non-dits familiaux, sombre dans une surenchère de révélations : le jeune nantis est le meurtrier de sa meilleure amie, et tout nous porte à croire que cette amie est cette fameuse présence. Il drogue à nouveau la fille et son frère, jusqu’à une confrontation finale où le frère se sacrifie en défenestrant l’agresseur. A mon sens, cette escalade dramatique affaiblit le propos de la première partie. Le film, qui avait le potentiel d’être un drame poignant sur la désintégration familiale, se perd dans des artifices hollywoodiens.
On peut cependant voir à travers cet ami qui ne nous veut pas du bien une dénonciation du cynisme de la société américaine, une classe bourgeoise de plus en plus déabusée qui aurait besoin d’aller de plus en plus loin pour briser l’ennui. En ce sens, ce personnage me rappelle le jeune psychopathe dans Benny’s videos de Michael Hanecke. On peut y avoir aussi un certain repli sur soi et sur ses ambitions, notamment avec le personnage du frère, tellement obnubilé par lui même qu’il ne verra ni l’attitude borderline (enfin, complétement trash) de son pote ni la détresse psychologique de sa sœur.
J’avoue être moyennement convaincu par le duo David Koepp (scénariste de Hypnose, Jurassic Park) et Steven Soderbergh à la réalisation. Présence semble pâtir de cette volonté de Soderbergh de toucher à tous les genres, comme le montre sa filmographie éclectique. Ici, le mélange entre drame familial et fantastique (certes original, il faut le reconnaître) ne fonctionne pas. Au lieu de se renforcer mutuellement, les deux registres s’annulent. Le surnaturel vient désamorcer la tension dramatique. Résultat : une œuvre bancale qui part un peu dans tous les sens, qui finit par ne convaincre ni comme drame intime, ni comme film de genre.
Update : Après avoir vu The Insider, je vous confirme que le duo Koepp/Soderbergh fonctionne toujours très moyennement.




