L'Antre de la folie

★★★★½

OBSESSION
-
CURRY BRAKER

RÉSUMÉ :

Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

INFOS TECHNIQUES

Date de sortie: 16 avril 2026
Acteurs principaux: Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson
Réalisation: Curry Barker
Genre: Horreur
Durée: 108 min
Titre originale du film: Obsession
Langue originale du film: English (en)

PRODUCTION

Pays de production: France, Japan, United States of America, United Kingdom, Germany
Sociétés de production: Konami, Davis Films, Ashland Hill Media Finance, Supernix, WIP, Richmond Pictures, Lipsync Productions, Electric Shadow Company

VOIR LES TRAILERS

POUR ALLER PLUS LOIN...

Affiche du film Obsession de Curry Barker, on y voit l'œil incisif d'une femme.

Par Kevin Kozh n’air

22 mai 2026

Note globale : 4,5/5

Quel doux mois de mai pour le cinéma de genre ! Au calendrier horrifique, nous avons Hokum, du réalisateur de Oddity, Damian McCarthy. Il y a aussi le retour de André Ovredal ; Il avait su mettre en scène un bestiaire horrifique intéressant dans Scary Stories, bien que le film était globalement mauvais, et je ne vais même pas m’attarder sur son Dernier voyage de Demeter, mais j’ai quand même bon espoir pour son prochain long métrage, Passenger qui me semble déjà plus dans l’air du temps. Je serais également au premier rang pour Backrooms, premier long métrage de Kane Pixel. Et la saison commence très fort avec Obsession, un premier long métrage aussi, du jeune prodige de 25 ans, Curry Barker !

 

Tout comme Companion, avec lequel il a par ailleurs de nombreux point de ressemblance, le film avait, selon Discussing Film un budget dérisoire, 750 000 $, et à rapporter plus de 17 millions de dollars durant la semaine d’ouverture. Et vu les chiffres de cette semaine, avec le bouche à oreille très positif, il se pourrait que Obsession devienne l’un des films les plus rentables de tous les temps. Dans cet article de France info, on apprend que pour la réalisation de Milk & Serial, son premier moyen-métrage, Curry Barker disposait d’un budget de 800 $ et avait obtenu plusieurs récompenses, tout comme son court métrage The chair, sélectionné et récompensé  par des festivals de court métrage. 

 

Le gars a du talent, mais alors pourquoi ça fonctionne aussi bien ? L’une des choses qui m’a beaucoup impressionné, c’est que l’esthétique du film et sa mise en scène ne ressemble absolument pas à un film avec un si petit budget. Il n’y a pas du tout ce côté cheap qu’on pourrait avoir dans d’autres très bon film au budget ridicule comme Projet Blair Witch. Les ambiances et procédés horrifiques sont si parfaitement maîtrisés que ce film rivalise vraiment avec les plus grands.

 

Il y aussi cette volonté de s’inspirer intelligemment des maîtres, dans l’écriture du scénario et la réalisation. On pense notamment à Peau de chagrin de Balzac avec l’utilisation d’un artéfact magique beaucoup plus vicieux qu’il en à l’air. Le mythe de Faust est bien évidemment une grande référence aussi, tout comme l’univers de Stephen King. Je trouve  qu’il y a d’une certaine manière la patte artistique de Zach Cregger, qui, j’en suis convaincu, a été une source d’inspiration pour Braker. On y retrouve cette petite vie de quartiers, ces plans terrifiants sous des porches de maison, dans une nuit beaucoup trop calme. La bâton à vœux à casser me faire aussi penser aux branches de l’arbre corrompu de tante Gladys, dans Weapons.
J’ai ouï dire aussi que les deux réalisateurs étaient en contact pendant la production de Obsession, et que Cregger a conseillé à Braker de raccourcir son film. Barker a finalement fait son film comme il le souhaitait, mais il a confirmé avoir compris la mise en garde de Cregger, car donner une forme à tout ce zbeul lors du montage était plus dur qu’il ne l’aurait jamais imaginé. En tout cas, le rendu est un petit chef d’œuvre.

L'image est tirée du film Obsession (2026). On y voit une femme dessous le porche éclairée d'une maison, la nit, regardant droite devant elle vers la voiture au premier plan.
Dans cette fausse tranquillité du soir, Nikki est passée du côté de l'ombre - Obession (2026)

Décoder le film

Obsession raconte l’histoire de Bear, fou amoureux de Nikki, qu’il fréquente au boulot, et à son groupe de karaoké du vendredi soir. Ils se connaissent depuis un moment, se sont même accompagnés à des moments difficiles de leur vie. Mais Bear est timide, angoissé et un peu weirdo, comment pourrait-il réussir à séduire une femme aussi solaire que Nikki ? Sa frustration tourne à l’obsession, alors il en parle à son meilleur ami. Les conseils abondent, prendre son temps, ne pas avoir l’air d’un dingo, trouver le bon moment… Juste avant le karaoké de la semaine, Bear décide que c’est le grand soir pour épancher son petit cœur. Sur son chemin, en cherchant un petit bracelet à offrir à Nikki (prenez des notes, les gars), il entre dans une boutique ésotérique, et son regard s’arrête sur des bâtons à vœux. En briser un permettrait de réaliser un vœu. Mais il s’agit probablement d’une arnaque, un jouet à prendre au second degré… en moins que ?

 

Avant de commencer la critique, je voudrais simplement souligner que ce film a alimenté nombre de débats sur la psychologie de Bear, et plus exactement, en se demandant si Bear pourrait être un incel, ou un jeune inconscient, submergé par sa bêtise qui le dépasse complètement. Que l’on ai apprécié Obsession ou non, c’est souvent un indice de qualité lorsqu’un débat émerge des quatre coins du globe pour tenter d’y comprendre les significations. Dernièrement, j’ai également été pris dans le tourbillon des interprétations de The Drama. En ces temps de polarisation extrême des opinions et du débat public, ce genre de conversations passionnées autour de sujets fictionnels et mineurs me font particulièrement du bien.

 

Pour en revenir au sens profond du film, il ne faut pas s’arrêter à son apparente facilité, car il apporte régulièrement des points de nuances qui distribuent les cartes. On se surprend même parfois à ressentir de l’empathie pour cet anti-héro qu’est Bear. L’enfer dans lequel il se trouve et qu’il a lui-même créé, est insoutenable, cruel dans sa lente progression. L’angle qui m’intéresse en premier lieu est son degré de responsabilité. Dans un second temps, je vais revenir sur les procédés horrifiques bougrement efficaces, en passant bien évidemment par l’éléphant dans la pièce, la performance bluffante et terrifiante de Inde Navarette, l’interprète de Nikki.

Une femme, le visage ensanglanté souri bizarrement, elle ne semble pas dans on état normal. L'image est tirée du film Obsession (2026)
Inde Navarette, absolument terrifiante - Obsession (2026)

Bear, un incel ?

Alors Bear, incel de ses morts ou pas ? On peut clairement dire qu’il en possède plusieurs caractéristiques, et celles-ci émergent au fur et à mesure que sa situation devient un pur cauchemar. Mais le ranger dans cette catégorie lui enlève une partie de sa dimension universelle. Le classer trop rapidement parmi les fous nous empêcherait de nous identifier à lui, ce qui est, je pense, l’un des buts recherchés par Curry Barker.

Je pense que Obsession recherche cette ambivalence chez Bear. Il est tantôt présenté comme un creep (La déclaration d’amour blanche dans le dinner est d’un cringe absolu, la consommation excessive de médicament, son appartement lugubre), mais il est aussi présenté comme un jeune adulte qui tente de vivre normalement, un peu timoré, mal dans sa peau. Il essaye d’être à l’écoute de ses amis, va faire la fête avec eux, travaille dans une boutique de musique, etc. Le faire osciller entre ces deux pôles sert justement à nous maintenir dans l’inconfort. Il est indéniablement awkward, mais il pourrait nous ressembler un peu. D’ailleurs, je salue la très bonne performance de Michael Johnston, avec ses petits airs de Dave Franco complexé, il donne toute sa saveur au personnage grâce à un jeu d’acteur tout en retenu (je pense qu’il doit appliquer la fameuse Méthode, avec ce rythme volontairement lent qui renforce cette apathie adolescente du personnage.

Pour en revenir à l’identification, peut-être que je suis un psycho de voir une certaine connivence entre lui et nous, spectateurs ?! Or, je pense sincèrement que c’est l’une des volonté du réalisateur de tendre un miroir dérangeant sur des comportements finalement très humains. Peut-être avez-vous déjà connu quelqu’un, ou avez-vous vous même ressenti cette fascination envers une personne, qui peu à peu bascule dans l’obsession malsaine et un peu honteuse. Il nous appartient cependant de le contrôler, avant que cela ne devienne destructeur pour nous, ou l’objet de notre obsession. Si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous recommander le livre Passion simple d’ Annie Ernaux, et qui explore tout le désespoir, le ravage et la beauté d’une passion amoureuse unilatérale.

C’est tout simplement l’ambition de ce film. Nous montrer ce qu’il adviendrait si une personne sur laquelle on projette un crush obsessionnel réagissait exactement comme on pourrait le fantasmer . Qu’il nous tombe dans les bras immédiatement et sans réserves, et sans se soucier d’une approche, ou même d’un premier pas (Bear affirme à Ian n’avoir jamais flirté avec elle). Qu’il n’ait d’yeux que pour nous, tout de suite et maintenant, qu’il réponde à tous nos désirs, à nos fantasmes de vie conjugale, à un point où il en serait totalement dépossédé de lui-même, n’étant plus que cela, ce fantasme irréaliste et abjecte. Le film s’amuse à retourner cette fascination, Bear, qui était obsédé par Nikki, devient à son tour l’objet d’une fascination redoutable et terrible par celle-ci, non sans une certaine ironie macabre.

L’histoire adopte également une forme de tendresse envers Bear, notamment en le faisant payer durement ce pacte avec on ne sait quel diable, à tel point qu’on pourrait lui souhaiter de trouver une issue à cet Enfer, peu importe le prix. On le distingue par exemple de Josh, dans Companion, qui semblait se complaire parfaitement dans sa relation avec sa femme/robot qu’il peut réguler, éteindre et contrôler à sa guise. Alors que Bear regrette son pacte, bien qu’il refuse d’en assumer les conséquences, Josh n’éprouve aucun remord à utiliser Iris pour son plan lugubre, et même s’étonne et s’énerve si elle essaye de se défendre. J’avais écrit une longue critique sur ce très bon film et sa dénonciation de la culture incel, que vous retrouverez ici. 

Parmi les autres fausses pistes, il est également mentionné plusieurs fois l’idée que Bear serait en train d’abuser de Nikki alors qu’elle serait dans une période de détresse mentale. La première nuit où ils dorment ensemble et que, lorsqu’ ils commencent à faire des trucs un peu holé holé, Bear se sent mal, car il sait qu’il y a quelque chose de pas normal, de trop facile. Le malaise est vraiment palpable, et touche son paroxysme lorsque la vraie Nikkie semble refaire surface durant une seconde et recule brutalement. Bear s’inquiète alors : “J’ai fait quelque chose de mal ?”. Il y a une petite voix dans sa tête, dans sa conscience virevolte une lutte permanente entre son “amour” pour elle et la peur d’être un forceur. 

Pour essayer de faire les choses le mieux possible, d’un point de vue moral, il en parle même à son ami Ian, afin de recueillir ses conseils quant à l’attitude à adopter face au comportement bizarre de Nikki. Et plus tard, quand Ian lui reprochera d’abuser d’elle, ce dernier s’enferme davantage dans le déni. Mais, une fois encore, le film entretient un flou volontaire grâce à un jeu subtile de double énonciation. D’un côté, on comprend l’inquiétude de Ian pour Nikki, lui qui connaît les intentions de Bear depuis le début. De l’autre, on saisit que Bear ne cherche pas réellement à dissimuler leur relation pour cacher l’emprise qu’il pourrait avoir sur elle, comme Ian le suppose, mais plutôt parce que Nikki adopte un comportement délirant et démoniaque dont Ian n’a, à ce stade, encore aucune conscience.

Un homme au premier plan, dans un restaurant, téléphone à quelqu'un et semble inquiet, derrière au second pan, une femme le regard fixement. L'image est tirée du film Obsession (2026)
Les choses se compliquent pour Michael Johnston - Obsession (2026)

Bear, le nice guy

Nous faire ressentir de l’empathie pour Bear et de la crainte envers Nikki, cette inversion des rôles du bourreau et de la victime est une master class. Car oui, derrière cette apparente “compassion” que le film semble adopter envers Bear, ces multiples tentatives de le rendre normal, avec ses petits airs de chiens battus, de nous faire ressentir la profondeur du dilemme dans lequel il se trouve, rien n’est plus terrifiant que sa lâcheté, son incapacité à faire les bons choix, à assumer ses actes, et encore moins les conséquences mortelles qui en découleront. 

D’une certaine manière, Bear est un genre particulier de incel, c’est un nice guy. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore rencontré ce terme, je l’ai découvert il y a longtemps dans le podcast des Couilles sur la table, de Victoire Tuaillon. Ce concept désigne un homme qui se perçoit comme “gentil” et estime que cette gentillesse devrait naturellement lui valoir de l’attention, de l’affection voire carrément une relation amoureuse/sexuelle. Le problème dénoncé par dans les réseaux féministes, c’est l’aspect  parfois intéressé de cette gentillesse. Le nice guy considère qu’il mérite quelque chose en retour de sa bonté. Et lorsque celui-ci n’arrive pas, lui qui pourtant n’est pas mal alpha toxique, alors il montre toute l’étendue de sa rancœur, de son mépris, et révèle son agressivité passive envers les femmes.

Bear sait, au fond de lui, que Nikki n’a jamais eu de sentiment amoureux à son égard, avant même que Sarah ne le lui apprenne. Si il se questionne tout le temps sur la moralité de ce qu’il est en train de faire, comme le bon nice guy qu’il est, les réponses qu’il trouve sont toujours mauvaises et teintées de mauvaise foi. C’est le cas notamment lorsqu’il accepte de dormir avec elle alors qu’elle n’est manifestement pas dans son état normal, de ne pas réagir quand les premiers signes obsessionnels apparaissent (je parle à la fois des siens, avant le vœu, puis du comportement de Nikki).
On pense également à sa mollesse lorsque Nikki commence à devenir dangereuse pour elle et pour les autres. Il se contente simplement de dire “You can’t do that, Nikki”, lorsqu’elle l’enferme dans la maison, qu’elle cuisine son chat, qu’elle reste l’attendre devant la porte du matin au soir, s’urinant et se vomissant dessus, qu’elle se bousille la tronche à coup de tesson de bouteille. 

Il y a de nombreux indices qui montrent que Bear a pleinement conscience de ce qu’il fait. Quand il parle de la détresse mentale de Nikki à ses proches et qu’il avoue être dépassé par les évènements, il n’évoque jamais le bâton à voeu, ce qui aurait eu le malheur de l’inculpé. Totalement passif devant les mensonges de Nikki, il consent même à les adopter à son tour, par confort, se mentant à lui et aux autres. Tout devient alors prétexte à trouver une explication rationnelle à ce phénomène surnaturel, plutôt que d’assumer sa responsabilité directe. Il reste sourd aux tentatives de communication de la vraie Nikki, durant ses apparitions furtives lors des terreurs nocturnes, et aussi lorsqu’elle lui écrit derrière une photo polaroid “Not me”. Mais comme dirait l’autre, il n’y a pas meilleur sourd que celui qui ne veut pas entendre. 

Le véritable drame de Obsession, c’est que Bear sait, au fond, que cette personne devant lui, n’est pas la femme qu’il “aime”. Il l’apprend littéralement lorsqu’il se retrouve au bout du fil avec la vraie Nikkie, hurlant de douleur dans un genre de purgatoire. Il ne vous aura d’ailleurs pas échappé que lorsqu’il téléphone au SAV du bâton à vœu, Bear demande en premier lieu de modifier le vœu, et ne demandera l’annulation qu’après s’être rendu compte que le diable au téléphone se fout de sa gueule. Le volonté et le consentement de Nikki ne semblent pas être dans ses priorités. Durant la dernière nuit, alors que le démon dort, elle parvient à revenir et le supplie de la tuer, de mettre fin à ses souffrances. Sur cette scène, Bear a chockbar de bz toute la salle de cinéma avec son “c’est si terrible d’être avec moi ?”, ce à quoi Nikki nous donne l’ultime lecture à avoir de cette histoire : “Mais Bear, nous n’avons jamais été ensemble”.

Bear, ou l’impossibilité d’assumer quoi que ce soit. C’est un lâche, un lâche près à prendre tous les raccourcis pour s’éviter la moindre difficulté, dans ses amours, dans la responsabilité de ses actes, y compris lorsqu’il s’agit de la vie de ses amis, dans sa conscience, dans son rapprochement dégoutant avec Sarah après avoir gâché la vie de celle qu’il “aime”. Même pour se donner la mort, il ne pourra se résoudre à se tirer une balle dans la bouche, et optera pour une méthode moins frontale, les médicaments. La séquence finale en mode Roméo et Juliette de l’horreur nous laisse contempler l’ampleur de son désastre.

Un homme et une femme sont assis dans un lit, le réveil indique 6h55 du matin. La femme pose la tête sur son épaule à lui, mais lui ne semble pas serein. L'image est tirée du film Obsession (2026)
Bear en plein doute, et il peut - Obsession (2026)

Est-ce que ça fait peur ?

Je ne pouvais terminer cette critique sans parler de la mise en scène de l’horreur. Inutile de faire durer le suspense, oui, ce film est effrayant et dérangeant au possible, je n’avais pas ressenti de tension pareille depuis l’année dernière avec Les maudites, de Pedros Carlos Martin (voir ma critique ici) .

Et Inde Navarette n’y est pas pour peu de chose. Je pense qu’on tient la l’Anthony Hawkins de la gen Z. Ce qui nous terrifie, c’est sa capacité à changer d’émotion  en un fragment de seconde grâce aux expressions de son visage. Ses rires sont des incertitudes terrifiantes car il est impossible de prévoir si elle tend vers un apaisement ou au contraire, un pétage de cable monumental. 

L’écriture du personnage y joue également pour beaucoup, le fait qu’elle termine très peu ses phrases, qu’elle redescende de ses crises hardcore en se confondant en excuses… tout tout cela marque le foutoir émotionnel dans lequel elle se trouve. Elle aimerait ne pas le faire mais c’est incontrôlable pour elle. Un bel exemple où la tension semble redescendre pour mieux nous prendre à revers est la scène au restaurant. Bear confronte Nikki à son mensonge en lui demandant si son père est vraiment malade. Milles choses se passent sur le visage de Nikki. Elle avance un “No” doux et souriant qui laisse entrevoir un apaisement, mais très vite le sourire devient sardonique et elle continue “No, no, no, no…” en criant et se levant sur sa chaise, invectivant Bear ne ne pas jouer à ça dans le restaurant.

Une chose a également retenu mon attention, et surement la votre, c’est la façon dont Nikki se fige régulièrement dans l’ombre. Et cela  immédiatement après la rupture du bâton à voeu, où elle reste statique dessous le porche de sa maison, tel un fantôme dans la pénombre. Idem lorsqu’elle sera ensuite dans la voiture de Bear, puis devant sa porte d’entrée, et à de nombreuses scènes chez lui.  Cette mise en scène ingénieuse nous indique clairement que Nikki est passée de l’autre côté, dans une dimension ténébreuse, très loin du monde réel.

La lenteur méthodique de ses gestes accentue aussi cette étrangeté dérangeante. Lorsqu’elle tend un vase de fleur devant son visage, immobile en pleine nuit. L’incompréhension et la peur de qui pourrait se produire juste après créent une atmosphère vraiment anxiogène. Au passage, la symbolique des roses est intelligemment retournée. Loin d’incarner le désir et l’amour, elles représentent plutôt les couleurs de la chair à vif, et je suis quasiment sûr que la façon dont elles sont superposées à son visage et à mettre en parallèle avec le visage explosé de Sarah à la fin du film. Même situation dans la scène de jeux entre amis, quand Bear  doit embrasser sa voisine de gauche, Sarah. Nikki se place derrière alors derrière elle, s’empare de sa chaise, et… Plus rien, le temps se suspend et on retient notre respiration, jusqu’au moment où Nikki recule tout simplement la chaise sur laquelle Sarah est encore assise, dans l’incompréhension générale. Cette gestion du rythme et du malaise est savoureuse.

Il y a précisément trois moments où j’ai sursauté de peur, avec cette sensation d’adrénaline qui monte et qui descend, des montagnes russes émotionnelles laissant un petit rire nerveux de relâchement juste après. Quel plaisir ! La première séquence de frayeur est celle où Nikkie est tapie dans le coin de la chambre, dans la pénombre. Elle pleure et on la distingue à peine, mais le peu qu’on arrive à discerner laisse entrevoir un visage pas à la fois familier et bizarre. On reconnaît les traits de Nikkie, et en même ils semblent déformés.C’est le genre de scènes qui font dérailler le cerveau car on arrive pas bien à interpréter ce qu’on voit, tant les questions qu’on se pose s’entrechoquent. La scène est un bel hommage à Kairo, de Kyoshi Kurosawa, un de mes films d’horreur préférés. Je pense au terrifiant dialogue avec le spectre à la fin, dont le visage ressemble étrangement à celui de Nikkie, mais aussi à celle de la femme fantôme qui s’approche de sa vcitime, d’un pas dansant et d’une lenteur cauchemarseque, tout comme Nikki s’approchant du lit de Bear, en lui hurlant de se rendormir.

Il y a également cette scène que j’évoquais plutôt où Bear téléphonait au SAV du bâton à voeu. Elle est vertigineuse car il y a un twist majeure, on apprends que Nikkie n’est pas simplement envoûtée, mais qu’il s’agit d’un genre golem, vide et désespéré, pendant que la vraie Nikkie est retenue captive dans un ailleurs par on ne sait quoi. Cet approfondissement inattendu du lore m’a collé les miquettes, notamment avec ce hurlement de souffrances de la véritable Nikkie. Enfin, la dernière scène qui m’a laissé pantois, et qui a manifestement beaucoup fait parlé d’elle sur les réseaux sociaux, est celle du rollback de Nikkie, dans un cri ignoble et infernal. Il y a encore une fois ce flottement difficile à déchiffrer, qui nous plonge dans un état d’insécurité et d’incompréhension, autant de terreau fertiles à l’effroi.

Un visage effrayant d'une femme possédé, dissimulé dans la pénombre. L'image est tirée du film Obsession (2026)
Cette scène cauchemardesque est un bel hommage à Kyoshi Kurosawa - Obsession (2026)

Pour conclure

Allez voir urgemment ce film ! D’autant plus si vous avez perdu espoir dans le cinéma d’épouvante. Ici,  l’histoire, le sujet, les acteurs, les mécanismes d’horreurs, les symboliques, les multiples interprétations possibles font d’Obsession un grand film, confirmant ainsi une période post covid particulièrement foisonnante pour le cinéma de genre, qu’on avait pas connu depuis peut être la première moitié des années 2010. Un cinéma vraiment en phase avec son temps, dans ses thématiques (coming out of age, l’image de soi, la société de spectacle, l’effritement de notre monde, la banalisation de la violence, etc) mais aussi dans ses lieux et sa géographie (Fini les manoirs et hôtel hantés à l’heure où blanchit la campagne, place à la ville, à la vie de quartier !) dans des prestations d’acteurs/actrices de plus en plus impressionnantes. J’évoquais tantôt Inde Navarette, mais je pense aussi à Sophie Thatcher, qui serait un peu la Virginie Efira du cinéma de genre américain. Je pense aussi à Mia Goth dans la trilogie Pearl, mais encore Naomi Scott, très impressionnante dans Smile 2.  C’est aussi un cinéma résolument plus féministe, et peut être plus engagé de manière général, avec un regard cynique sur notre société moderne.

L’autre chose qui retient mon attention, c’est l’émergence de nouveaux réalisateurs de films d’horreur provenant des internets, et particulièrement de youtube. On peut facilement s’imaginer l’intérêt pour les producteurs de capter des talents qui ont déjà fait leurs premières armes en amateur, et qui ont déjà fédéré une fan base sur les internet. Curry Braker provient de Youtube, où son court métrage The chair avait été vivement remarqué, mais on peut aussi citer Zach Cregger (Barbarian, Weapons, et le très attendu Résident Evil), les frères Philippou (Talk to Me), ou encore Markiplier dont je vous recommande son très surprenant, quoi qu’un peu inégal, Iron Lung

A24 semble avoir repéré le filon. Après avoir donner carte blanche à Kane Pixel pour qu’il puisse porter ses Backrooms au grand écran (ma plus grande attente du moment, même si j’ai un peu peur que cette creepypasta ait été trop répandue pour fonctionner encore pleinement), voilà qu’ils réitèrent avec Curry Barker, qui fera une prochaine adaptation de Massacre à la tronçonneuse. Le cinéma de genre a de beaux jours devant lui !

4 image superposée montrant des portes d'entrée éclairée dans la nuit. Sur la première image une femme se tient devant, sur la deuxième une créature ayant de très nombreux membres émanent du seuil de la porte.
Comparaison de Barbarian (2022) - Weapons (2025) - Résident Evil (2026) et Obsession (2026
Partager cet article
Articles similaires
Commentaires

DERNIERS ARTICLES

N'aie pas pas peur, inscris-toi !

T'abonner à la newsletter te permettra de suivre mes dernières analyses cinématographiques et littéraires en toute détente !

ME CONTACTER OU SUIVRE MES VISIONNAGES :

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x