L'Antre de la folie

Aujourd’hui je vous emporte au vent mauvais des films de genre qui mettent en scène le sadisme et des situations de violences. L’idée d’écrire cet article m’est venue en constatant que certaines propositions en termes de souffrances infligées, de tortures psychologiques et autres cruautés me sont parfaitement insupportables, tandis que d’autres… Elles ont, d’un point de vue cinématographique, quelque chose d’intéressant ! (alerte psychopathe)

SADISME À L'ÉCRAN : JUSQU'À OÙ ALLER ?

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image du film the house that Jack built, de Lars Von Trier

Par Kevin Kozh n’air

2 mars 2025

28 janvier 2026

Note au lecteur : Je vais parler des violences dans les films de genre, mais le but n’est pas de vous dégoûter non plus. J’ai donc choisi des illustrations qui ne sont pas les climax de gore et de violence que je vais évoquer dans l’article. On voit juste quelques fesses mais elles sont un peu dissimulées, normalement ça passe 👍

 

Aujourd’hui je vous emporte au vent mauvais des films de genre qui mettent en scène le sadisme et des situations de violences. L’idée d’écrire cet article m’est venue en constatant que certaines propositions en termes de souffrances infligées, de tortures psychologiques et autres cruautés me sont parfaitement insupportables, tandis que d’autres… Elles ont, d’un point de vue cinématographique, quelque chose d’intéressant ! (alerte psychopathe)

Pour partir sur de bonnes bases, petit instant définition, par sadisme j’entends, un ou plusieurs personnages qui subissent une torture psychologique ou/et physique par un autre, sans autre but que le plaisir qu’il en retire, et nonobstant, le notre aussi car nous sommes spectateurs consentant du spectacle. Mais justement, ne vous êtes vous jamais poser la question, lorsque vous êtes au cinéma, est-ce que le film va trop loin ? Est-ce que le film cherche vraiment à nous faire ressentir quelque chose, mis à part du dégoût ? Est-ce qu’il faut quitter la salle ? Quel est le positionnement du film sur la violence qu’il met en scène ? Sommes-nous invités à nous sentir mal par empathie, ou simplement à consommer des images dégueulasses par pur voyeurisme ?

Quand on y pense, ce n’est pas anodin de voir des gens se faire massacrer à l’écran, et c’est légitime de se questionner là dessus, car je ne crois pas à la théorie du côté cathartique, de consommer des scènes choquantes pour exorciser nos propres pulsions destructrices (je ne me suis jamais senti zen et apaisé après avoir vu un film bien gore ! 🙃)

Le thème du sadisme, un équilibre pas évident

Le dernier film qui m’a mis mal à l’aise par ses propositions est Substitution : Bring Her Back. Je suis content d’avoir l’occasion de parler de ce film car c’est une de mes plus grandes déception de l’année 2025. Le premier film des frères Philippou, Talk To Me, était vraiment super, tant par ses mécanismes horrifiques, sa gestion impeccable du rythme et ses acteurs brillants, que son propos qui dénonçait la culture des jeux dangereux sur les réseaux sociaux. Le message est véhiculé par la métaphore d’une main maudite dont les adolescents s’amusent en se filmant à entrer en contact avec des forces démoniaques, de préférence le plus longtemps possible pour amuser la galerie, jusqu’à ce que Mia prenne le risque de trop. Ce film m’avait marqué par son inquiétante crédibilité, la connerie irresponsable de ces ados et leur manque d’empathie était un peu trop familiers à mon goût. Mais il nous invitait justement à remettre en question cette culture de la violence et la recherche d’expériences choquantes pour se sentir un peu vivant.

Il faut croire que c’était un gros coup de bol, parce leur deuxième film, Substitution est LE produit parfaitement gore qu’ils dénonçaient dans leur premier. Au programme, torture porn irregardable, avec le corps d’enfants déformés, et vas-y que je te bouffe un couteau de cuisine, et une fois la bouche complétement eclatée, pourquoi pas manger un plan de travail ? histoire de bien détruire le peu de dent qu’il lui reste à ce pauvre gamin. Je me souviens du public qui hurlait au cinéma, pas de frayeur, mais de dégoût tellement les images étaient insoutenables. Le scénario est tout ce qu’il y a de moins original, alors je m’étais dis “Est-ce que ça vaut le coup de s’infliger ça ? C’était pas le contrat, je n’ai pas signé pour ça !” Et d’un autre côté j’étais un peu rassuré de voir que ces images me mettent aussi mal à l’aise, je me dis que dans le fond, je ne dois pas être si sadique que ça !

Substition : Bring Her Back (2025) - Cet enfant va prendre beaucoup trop cher

Je vais évoquer une figure cultissime du sadisme dans l’horreur, avec la série toute fraîche Welcom To Derry, et sa charette de propositions (dont de nombreuses fonctionnent étonnamment bien !), intéressantes mais inégales dans leur façon de mettre en scène la cruauté de Pennywise. Je vais un peu spoiler donc si vous n’avez pas encore vu la série, je vous recommande de passer ce paragraphe. La sadisme de Pennywise, qui m’avait beaucoup impressionné dans les films (“I’m not real enough for you ? 😢 I was real enough for Georgy ! 😈”) est complètement de retour dans la série. Et cela, en termes de tension dramatique, ça met le feu aux poudres ! On voit la menace physique mais aussi psychologique que représente le clown, et le danger qui en émane est encore plus palpable. Je veux dire, c’est vraiment le mal absolu, qui se nourrit des souffrances qu’il inflige. Certaines scènes sont cependant mal préparées, le piège se referme trop vite on n‘a pas le temps d’avoir de l’empathie pour ses victimes. Les horreurs qui en découlent paraissent excessives et gratos. Je pense à la scène de meurtre dans le cinéma au premier épisode, avec un gore trop prononcée à ce stade, ou encore la scène où Véronica voit sa mère zombifiée prendre forme avec la literie, trop bourrin à mon goût.

D’autres scènes sont spectaculaires car la lenteur du piège qui se referme sur les victimes nous procure un vrai sentiment de frayeur, c’est notamment le cas dans la scène d’ouverture avec le petit garçon qui fait du stop et qui se fait récupéré par une famille qui devient de plus en plus akward, ou alors l’horrible scène dans la caserne en feu, lorsque Pennywise retourne le pouvoir de Halloran contre lui (“You see death Dicky, oh, they see you too”), le coup de téléphone à Leroy Hanlon…et tant d’autres scène encore. Et je ne l’avais pas remarqué pendant les films, mais Bill Skarsgard a fait un travail de zinzin sur sa voix,  la délectation du clown lorsqu’il fait souffrir semble encore plus est encore plus flagrante… Pendant le visionnage, j’ai réalisé à quel point il est difficile de trouver le juste milieu entre un sadisme pertinent et un sadisme putassier parce que beaucoup trop facile.

Welcome To Derry (2025) - L'ambiance dans la voiture devient de plus en plus glauque, le piège de Pennywise se referme sur le petit Matty

Sommes nous des spectateurs en quête de violence ?

Après bientôt dix-huit ans de consommation de film d’horreur, on devient un peu plus exigeant ! un minimum de tension dramatique et d’investissement émotionnel est requis pour que les procédés horrifiques ne soient pas juste un empilement d’images le plus choquantes possible. Pourtant, lorsque j’ai commencé, je ne savais pas comment la peur fonctionnait à l’écran, et je me dirigeais vers des films réputés pour leur côté gore et cynique. Je me souviens des Saw, et d’autres films qui ont pu s’en inspirer comme Waz (J’espère que tu as viré l’agent qui t’a foutu dans ce bourbier, Stellan Skarsgard !), Vile ou encore Hostel. Chacun de ces films se dotent d’un prétexte narratif pour exposer ses scènes de torture et d’automutilation forcée. Et assez étrangement, certains fonctionnent. J’exagérerais en disant qu’ils nous rendent acteurs de la torture, mais ils interpellent tout de même une forme de sadisme latent chez le spectateur. Je m’explique.

Si l’on prend l’exemple de Saw, où un psychopathe mourant met en place une sorte d’escape game mortel destiné à des individus coupables, selon lui, de vices moraux (toxicomanie, adultère, négligence, etc.). Chaque piège est conçu en lien direct avec la faute commise, et le tueur laisse presque toujours une porte de sortie à sa victime. Celle-ci passe généralement par un acte d’automutilation, comme se lacérer, s’arracher un membre, fouiller son propre corps pour y trouver une clé dissimulée, et autres joyeusetés… Le concept est ignoble. Et pourtant, même si les deux premiers films reposent sur un scénario relativement bon et que tous les autres sont des grosses darmanins, on se surprend à espérer que la victime “joue le jeux” et qu’elle aille jusqu’au bout de l’épreuve.

Même procédé pour I Spit on Your Grave, La Dernière Maison sur la gauche, Revenge et, plus largement,  tous les rape & revenge. Lorsque les rôles du bourreau et de la victime s’inversent, notre responsabilité morale de spectateur est mise à mal. Parce qu’on est tous là en train de souhaiter une mort atroce, lente et douloureuse à celui qui a initié la violence (Je fais une petite parenthèse, beaucoup de ces films sont réalisés par des hommes et sexualise à mort la femme victime de viole qui va se venger. Je veux dire, regardez juste l’affiche de I Slipt On Your Grave…  c’est particulièrement malsain vu le propos). Je me souviens que Hostel 2 m’avait particulièrement marqué en ce sens. Pour rappel du pitch, les plus grandes fortunes mondiales financent en secret une organisation qui enlève des voyageurs afin de leur offrir le droit de les tuer, comme s’il s’agissait d’un service lambda. Les clients “premium” ont même accès à une gamme complète d’instruments, de mises en scène et de raffinements destinés à explorer les pires horreurs imaginables… Je me souviens qu’à l’époque tout le monde se questionnait sur la possibilité qu’une telle chose existe vraiment, et franchement avec les révélations de l’affaire Epstein, comment en douter encore ?

Quoi qu’il en soit, Dans Hostel 2, deux amis scandaleusement riches se sont payés ce “service”. On les voit se questionner sur la moralité de ce qu’ils vont faire, l’un semble influencé par l’autre et y aller à contre cœur, l’autre affirme que dans leur milieu d’aristocrate c’est comme être le dernier qui perd son pucelage au lycée (c’est littéralement ce qu’il dit). Et vers la fin, lorsqu’ils se retrouvent face à leurs victimes respectives, qui se révèlent être les deux protagonistes qu’on a suivi pendant tout le film, le droitard psychopathe perd ses moyens lorsque les cheveux de sa victime s’enroulent dans une scie pendulaire. Il est lui-même dégouté et horrifié par son propre sadisme. Son compagnon, au contraire, se retrouve galvanisé par sa victime prisonnière et sans défense, un sentiment de supériorité exulte et sa vraie nature de tortionnaire apparaît. Mais le film a plus d’un plot twist dans son sac, la victime parvient à retourner la situation et à s’enfuir, non sans émasculer son bourreau dans une scène jubilatoire pour le spectateur.

Hostel II (2007)

La surenchère débile d’atrocité

Ces films ne sont pas incroyables mais ont réussi malgré tout à nous mettre mal à l’aise et à faire émerger chez nous des choses qu’on aimerait garder bien enfouies ! D’autres, en revanche, ne parviennent pas à nous tendre ce miroir dérangeant. Ils ont sacrifié le contexte narratif et la moindre profondeur, il n’y a ni messages à retenir, ni le début d’une réflexion intéressante, juste un florilège d’images et d’idées les plus immondes possible. C’est le magnifique projet que nous propose le désormais très célèbre A serbian film, de Srđan Spasojević, qui s’est fait cancel à tire lago après. Est-ce qu’on serait pas sur le mein kamf du cinéma de genre ? Je vais vous faire une confession, la je parle d’un film que je n’ai pas vu, et qui m’a été raconté par ma cousine (écris comme ça ça ressemble à un gros mytho mais je vous assure que c’est vrai !). Dans cet article, le gars nous apprend qu’il a tenté de faire de son film une allégorie de la situation en Serbie et de la société post-guerre, je pense que ça ne va pas suffire mon coco, ça ressemble quand même beaucoup à quelqu’un a tenter de gratter un bad buzz en faisant le film plus trash du monde.

Je vous passe les détails de Cannibal Holocaust et de L’homme qui se mange car les titres sont suffisamment évocateurs, en revanche, en voulant peaufiner cet article je suis tombé sur le film Melanchie Del Engel. Je vais pas abimer mes rétines et je n’ai pas suffisamment de thunes pour commencer une thérapie alors je me suis épargné le visionnage. Mais en voyant quelques images qu’on peut retrouver google, il a l’air d’avoir une esthétique intéressante, brumeuse et hypnotique, saturée de vert, avec le leitmotive de l’ange déchu. J’ai vu sur HorrorNews que le film parvient au début à installer une atmosphère nihiliste accrocheuse, puis se vautre avec des images explicites et répétées de violences sexuelles et de cruauté animale qui vont beaucoup trop loin pour s’inscrire dans une véritable démarche artistique.

Une femme, en tenue de la jeune fille à la perle, de Vermeer, assise sur une chaise dans une pièce sombre. L'image est tirée du film A Serbian Film
A Serbian Film (2010) - J'ai galéré à trouver une image qui ne soit pas un nouveau trauma débloqué

Vous allez me dire, dans quel contexte ce genre de proposition pourrait être acceptable ? Et bien, j’ai justement un exemple sous le coude, avec Tardes De Solidad de Albert Sierra, où le film commence sur une longue scène de mise à mort sanglante et totalement crue d’un taureau dans le cadre d’une corrida. Ici la violence nous renvoie directement à celle qu’on inflige à des animaux par tradition, et s’inscrit dans une dimension politique.

Quand un film devient irregardable

Il est temps pour moi d’évoquer les deux films qui ont été une vrai torture pour moi tant le sadisme qu’il évoque est insoutenable. C’était encore une fois à cet âge où je cherchais mes limites, et d’ailleurs je crois que c’est là que je les ai trouvées ! On va commencer fort avec Human Centipede de Tom Six, dont tout bon fan de film de genre qui se respecte en a au moins entendu parler. Le projet ? un docteur allemand avec des airs qui nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire souhaite relier trois humains préalablement séquestrés avec un peu de couture. couture de la peau contre la peau ? Oh non ça serait beaucoup trop gentil, l’idée est de coudre la bouche de l’un à l’anus de l’autre, et ainsi de suite, pour former un mille patte humain. Miam miam miam. Je ne sais pas quel genre de taré à eu cette idée, mais le film est tellement dégoûtant qu’il en est entré dans la pop culture (une réf dans South Park et Deadpool tout de même) comme le stade ultime de ce qui est regardable. Mon avis critique ? le film est à chier, dans tous les sens du terme, c’est juste trash. J’ai tout de même tenté de regarder le deuxième (parce que Tom six en en fait trois…), avec mes cousines car j’avais besoin de renfort, et on a arrêté au bout de 10 min tellement c’était cringe as fuck.

Si la perspective de gober le caca du copain d’en face pour chier dans celui de derrière ne vous réjouit pas, alors vous allez peut-être passer un sale quart d’heure devant Salo de Pasolini. C’est probablement le film le plus trash que j’ai pu voir, mais la pour le coup on sent une vraie démarche intellectuelle derrière. Le film est une adaptation du livre du Marquis de Sade (l’auteur qui a donné son nom au sadisme) dans l’Italie fasciste de Mussolini. Des aristocrates ont à leur disposition un château isolé et des forces militaires, et exercent leur domination absolue contre une trentaine de jeunes. Le sadisme passe par cette humiliation et la destruction du corps et de l’esprit des victimes, dans un crescendo absolument insupportable en trois cycles. Je me rappelle avoir été complètement choqué par l’humiliation du cycle de la merde, et je me disais comment cela pourrait être pire, et puis, rien qu’au titre du cycle suivant, le “cycle du sang”, j’ai compris…Ce cycle, beaucoup plus court que les autres à cause des totures létales, est entièrement filmé comme si on le regardait à travers des jumelles, ce qui nous donne littéralement un rôle de voyeur. Il faut bien évidemment y accorder une lecture politique, car cette microsociété est à l’image du régime totalitaire du dictateur. On peut y voir une dénonciation des horreurs et de la perversité de la société bourgeoise, n’ayant plus rien à faire de la dignité humaine, et ne rencontrant aucunes limites morales pour exercer sa domination. Il est dur, mais je le recommande tout de même (comme tous les films de Pasolini d’ailleurs) car la violence dessert un propos très intéressant ! (si les images violentes vous trigger passez votre chemin par contre…)

Salo ou 120 journées à Sodome (1976) - Bizarre l'ambiance

Trouver nos limites physiques et psychologiques

D’autres films comme Martyr de Pascal Laugier, The substance de Coralie Fargeat (la réalisatrice de Revenge) ou Testuo de Tsukamoto, explorent la limite de ce que l’homme peut endurer comme souffrance infligée. Il y a un côté bizarrement intriguant car on se demande jusqu’où cela peut aller en termes de châtiment corporel ? Le body horror est le genre de prédilection pour malmener le corps d’un point de vue expérimental. On se demande si la personne est encore un humain, à ce stade de mutilation et de déformation.

Sans pour autant explorer les limites de ce qui est supportable physiquement, d’autres films plus psychologiques vont se questionner sur l’apparition de la perversité dans un contexte particulier, et voir jusqu’à où celle-ci peut s’étendre. Je pense notamment à The Experiment, avec Adrien Brody et Forest Whitaker où des volontaires sont répartis entre détenus et gardiens dans le cadre d’une simulation carcérale. Cherchant d’abord à faire respecter le règlement par des sanctions mesurées, les gardiens glissent lentement vers des abus de plus en plus arbitraires et disproportionnés. Humiliations, punitions et contraintes physiques se banalisent. les prisonniers doivent-ils commencer à sortir de leur rôle et se défendre ? Quitte à légitimer encore une augmentation des violences des matons ? 

Jusqu’ où aller, pour se défendre, ou pour dominer ? Les Batte Royal, les Hunger Games ou encore The Exam applique cette règle très simple : tuer ou se faire tuer. On y voit pléthore de sadisme et de violence, y compris chez les personnages dont on aurait jamais pu soupçonner une telle chose. Par exemple, le personnage de Forest Whitaker dans The Experiment, calme et apaisant au début, se surprend à avoir une érection lorsqu’il arrose des détenus d’un jet d’eau, il symbolise cette perversité latente en chacun de nous.

Un homme en costard cheap rempli en formulaire, un autre, style baboos le regarde faire. Image tirée du film The Experiment
The Experiment (2010)

L’homme est un loup pour l’homme

On arrive tranquillement vers la fin de cette analyse où on va évoquer des thrillers psychologiques où le sadisme et la perversité de personnages mal intentionnés crée une tension dramatique insane. Elle plonge les protagonistes dans des dilemmes moraux quasiment impossibles à résoudre, et cela nous donne matière à réfléchir sur la violence de la nature humaine. Je pense notamment au légendaire Old Boy de Park Chan-Wook, un homme se fait séquestrer pendant plusieurs années sans qu’il en connaisse la raison. Il se fait toujours libéré sans le moindre indice, et va ensuite tenter de comprendre ce qui s’est passé… et la chute, d’une cruauté méthodique, fait atrocement mal. Dans ce genre de film, la perversité mise en scène prive le spectateur du moindre soulagement, de la moindre consolation, les violences du récit ne trouvent pas d’éclaircissement et on se dit purée, quel monde de merde.

Mais il y a tout de même quelque chose de savoureux sans cette chute, et de nombreux films similaires sont devenus des classiques, preuve que leur pessimisme en attire plus d’un. Je pense notamment à Se7en et Zodiac de Fincher, Memories of Murder de Bong Joon-Ho, Prisonniers et l’immense Incendie de Villeneuve, Phone Game de Joel Schumacher. I saw The Devil de Jee-woon est en train de suivre le même chemin. Je pense aussi au Silence des agneaux, et son excellent remake en série Hannibal, avec un Mads Mikkelsen plus sadique que jamais. En Europe, il y à plusieurs très bons films dont j’ai déjà pu parler dans mon article sur le thème du loup dans la bergerie, l’Homme qui voulait savoir de George Sluizer et Speak No Evil de Christian Tafdrup, avec leur montée en tension parfaitement maîtrisée. La nuit du 12 apporte aussi son lot de vertiges, tout comme Harry, un ami qui vous veut du bien, du même réalisateur Dominik Moll. Avec Funny Games, Michael Haneke déroule d’une main de maître le sadisme de ses deux psychopathes, leur introduction amicale dans la famille de victime, de plus en plus intrusive et dérangeante, le début des violences physiques et psychologiques, d’une cruauté sans nom car ils laissent tout le temps une porte en apparence ouverte qui laisse croire aux victimes qu’elles ont encore une chanceRequiem pour un massacre nous rappelle aussi de la plus crue des manières que l’homme est un loup pour l’homme, et que le cinéma n’a pas souvent pas d’autre choix que de le montrer. Il y a quelque chose de fascinant à voir le piège psychologique se refermer sur les protagonistes, ou voir leur quête d’une sortie de ce dédale cauchemardesque ne débouler nulle part, et sonner comme un véritable avertissement pour nous.

Un psychologue regarde froidement devant lui. L'image est tirée de la série Hannibal
Hannibal (2013) - La figure parfaite du sadisme

Le cas Lars Von Trier

J’ai tenté d’attirer votre attention sur cette chronique grâce à une image tirée d’un film qui est peut être l’exemple ultime de sadisme qui va jusqu’au bout du bout, bien qu’il ne fasse pas partie du cinéma de genre à proprement parler. Je ne pouvais pas vous parler de l’utilisation du sadisme et la violence à l’écran sans vous parler de l’indétrônable Lars Von Trier. On a pléthore d’exemples, peut-être même que tout son cinéma pourrait se résumer en une question : jusqu’à quelles profondeurs abyssales du mal se trouvent l’âme humaine ? (oui je sais on dirait du Pierre Bellemare). Revenir sur toutes les horreurs psychologiques qu’il a mis en scène serait long, arrêtons nous sur son dernier film The House That Jack Built. Je m’étais posé la même question que pour Substitution, pourquoi je m’inflige ça ? Il faudrait pas partir là ? Le film raconte l’histoire autobiographique d’un personnage fictif qui a tué plus d’une soixantaine de personnes durant sa vie, à travers le récit de 5 crimes d’une cruauté inouïe, et enfin entamer sa descente aux Enfers (littéralement). J’ai mis très longtemps a digéré ce film, et ce malgré le très beau final, qui faisait penser à mélange d’influences entre du John Martin, du Gustave Doré et du Théodore Géricault. On évoquait tantôt les pièges qui se referment petit à petit, et la victime met un temps fou avant de réaliser qu’il n’y a aucune issue possible, et bien on est en plein dedans, mais 5 fois…

J’avais été totalement choqué, et c’était voulu de la part de Von Trier, par la séquence où le psychopathe propose à sa nouvelle petite amie et ses enfants un pique nique champêtre au milieu d’une prairie. L’ambiance est très conviviale, le tapis est déroulé, ça mange bien, ça rit fort, et là, CUT BRUTALE, on voit la jeune femme et ses enfants recroquevillés et en larme derrière une barrière de tronçon de bois, l’homme est au sommet d’une guérite de chasseur avec un sniper, et attend qu’il y ait du mouvement en bas…Il n’y a aucun passage dans les environs, il sait qu’il a tout sont temps… Dans un autre récit, il évoque le meurtre d’une prostituée, dont le cynisme atteint des niveaux dingue, car il lui prévient ce qu’il va faire, elle pense que c’est un jeux, puis, petit à petit, elle comprend qu’il est très sérieux. Il la laisse même appelé la police car il sait qu’elle va passer pour la folle du bus. Aucun échappatoire possible… Lorsqu’il la tue, il lui coupe les seins pour en poser un sur la voiture du flic endormi, et de l’autre il en fait son portefeuille… Bref, ce film est une épreuve, il est pas facile à voir, mais le message est limpide : l’humanité c’est de la merde.

Un homme, en toge rouge, descend aux enfers avec Caron, on dirait un tableau. L'image est tirée du film The House That Jack Built
The House That Jack Built (2018) - Une descente aux Enfers plutôt méritée

Pour conclure...

Il est déjà temps de conclure ! Dans cet article on a pu voir plusieurs utilisations, bonnes et mauvaises, de la violence et du sadisme au cinéma. J’avais besoin de dérouler cette réflexion, d’abord pour me rassurer et me dire que ce n’est pas parce que j’aime des films comme Funny Games ou Se7en que je suis un gros taré, mais aussi pour comprendre pourquoi, d’un point de vue de tension dramatique, ça fonctionne si bien.

J’ai tenté de vous partager un maximum d’exemples qui m’ont marqué, et d’ailleurs n’hésitez pas à me partager les vôtres en commentaires ! On a notamment vu que certains cinéastes utilisent la violence par pure flemme de poser une vraie intrigue et de vrais enjeux. Ils se disent “alors les djeuns veulent des frissons, hold my beer ! ” Et franchement, au pifomètre et sans aucune étude statistique, je dirais que ça concerne bien 80 % des films d’horreur de ces vingt dernières années. Même certains bons, voire très bons films, comportent des séquences beaucoup trop violentes et mal maîtrisées. On se dit alors  “rah, quel dommage”. J’allais évoquer It: Chapter Two, mais je pense aussi au Silent Hill de Christophe Gans, que j’avais pourtant adoré, et d’ailleurs les créatures avaient cette sexualisation bizarre et propre au sadisme. Vous n’avez pas idée à quel point j’attends le prochain, qui sort la semaine prochaine. J’espère qu’il corrigera les défauts du premier… Je n’en avais pas vraiment parlé, mais dans cette catégorie, certains le font de manière totalement consciente, notamment avec les slashers (Destination Finale, Terrifier) ou les Man vs Wild horrifiques (Sharknado, Piranhaconda, Piranha 3D), qui enchaînent les atrocités les plus gratuites du monde, et très moches aussi, il faut le dire. Là, pour le coup, les gens qui vont voir ce genre de films savent très bien qu’ils ne sont pas là pour le vertige d’un dilemme insoluble. Et donc, à mon pas si humble avis, aucun intérêt. Mais on a pu voir aussi que d’autres films, sans être des chefs d’œuvres, mais tout de même meilleurs, réussissent à invoquer le sadisme latent du spectateur !

La violence fait partie des hommes alors c’est un sujet du cinéma. Les cinéastes doivent alors se demander comment traiter ces thématiques violentes sans normaliser la cruauté. Leur point de vue sur ce qu’ils mettent en scène compte énormément, et fait même toute la différence. On l’a vu avec de nombreux thrillers glauques où le sadisme est parfaitement maîtrisé et sert à créer des dilemmes impossibles à résoudre, terribles pour les personnages, et passionnants pour les spectateurs. J’ai encore deux derniers exemples (bon, en vrai, il y en a des millions) d’une tension insupportable liée au sadisme d’un personnage. Toute la séquence d’introduction de Negan dans The Walking Dead, sans doute la dernière vraiment réussie de la série, ou encore le démon dans [REC]², qui torture le prêtre pour qu’il fasse la demande de sortie de l’immeuble alors qu’il pourrait lui voler sa voix. Il n’y a aucune issue possible…

Bref, quand tout le monde est trop gentil et politiquement correct (et là on sort un peu du cinéma de genre pour aller vers celui d’auteur, mais c’est quelque chose que j’ai particulièrement remarqué chez Emmanuel Mouret) c’est souvent un peu chiant en terme d’intrigue, et surtout peu représentatif de la complexité de la nature humaine. C’est aussi à ça que peuvent servir la violence et le sadisme au cinéma, à nous rappeler la dangerosité de l’homme, et parfois son manque total d’humanité (Jesse Plemons dans Civil War, ou littéralement tout le monde dans Elephant Man, etc…). Ils servent à nous rendre plus sensibles, plus empathiques, à nous indigner face à l’injustice d’un châtiment physique ou psychologique. Ils servent aussi à construire de vrais méchants. Et quand un personnage s’est illustré par sa cruauté… Sah, quel plaisir de le voir tomber, à l’instar de Joffrey Lannister, le capitaine Vidal dans Le Labyrinthe de Pan, Lord Beckett dans Pirates des Caraïbes, et tant d’autres !

Un homme armée, tenue militaire, avec des lunettes rouge, une jeune fille est agenouillée au sol devant lui. L'image est tirée du film Civil War
Civil War (2023) - Jessie Plemons plus terrifiant que jamais, on dirait un membre de la ICE
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